Alors que les smartphones sont devenus de véritables mouchards permettant de surveiller les populations, ils constituent également un outil puissant de contrôle citoyen de la police. Infographies recensant des centaines de blessé·es graves, cartographies signalant des milliers de violences et rapports spécialisés qui se multiplient… Reflets revient sur dix ans d’utilisation du terme « violences policières », dont l’aspect « systémique » est constamment réfuté.
Les 120 ans de la loi de 1905 sur la laïcité ont donné lieu, dans les grands médias, à une série de productions en tout genre. « Émissions spéciales », « débats », éditoriaux, etc. ont entretenu les biais traditionnels qui contribuent, depuis plus de vingt ans, à brouiller – si ce n’est à totalement falsifier – le débat public sur cette question. Nous en avons discuté avec Nicolas Cadène et Hicham Benaissa. Nicolas Cadène est ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre (2013-2021) et le cofondateur de la Vigie de la laïcité. Il a récemment quitté la haute fonction publique pour se consacrer, en tant que consultant-formateur, à la laïcité et à la gestion des faits religieux, notamment. Hicham Benaissa est sociologue rattaché au GSRL (EPHE-CNRS). Il travaille sur les effets sociaux et politiques de la présence musulmane durable en France, en particulier à partir des trajectoires issues de l’immigration maghrébine. Parallèlement à son travail de recherche, il intervient depuis plus de dix ans sur la gestion du « fait religieux ». Il a conçu et animé plusieurs centaines de formations, réalisé de nombreux diagnostics, et accompagné deux grands groupes ainsi qu’une commune dans la définition de leur politique « laïcité ».
Après l’opération militaire américaine au Venezuela, la position diplomatique des macronistes a été remise au centre de la scène politique. Dans cet épisode spécial de Dissolution, on va décrypter ce dont il s’agit, qui a dit quoi, et pourquoi les macronistes ne comprennent pas grand-chose aux relations internationales. La position française a une certaine importance auprès des autres États : par ses choix, Macron abîme la France et notre crédibilité, une fois de plus !
Interdiction de : l'abaya/robes longues, du calot, du voile, contrôle des bouteilles en plastique dans les toilettes de la RATP. Harcèlement, discriminations, calomnies, essentialisation, licenciements abusifs, contrôles au faciès, lois d'exception contraires à un État de droit, menace de mort d'un nouveau-né. Tel est le quotidien des musulmans,ou personnes assimilées comme tel, en France.
Le 7 janvier à Minneapolis, Renee Nicole Good, une citoyenne américaine de 37 ans, a été tuée par un agent de la police de l’immigration (ICE). Les autorités fédérales, le président Trump en tête, ont aussitôt parlé de légitime défense, selon un scénario désormais bien rodé où la qualification des faits précède leur examen. Le maire et le gouverneur de la ville, ancien candidat démocrate à la vice-présidence des États-Unis, M. Tim Walz, ont contesté la version de la Maison Blanche, « une machine à propagande », et de la police de l’immigration. Six ans après la mort de George Floyd, les homicides commis par la police américaine se poursuivent. Ils s’inscrivent dans une architecture du maintien de l’ordre restée intacte. L’usage létal de la force continue, désormais ouvertement encouragée, ou excusée d’avance, par les plus hautes autorités de l’État. L’article de Richard Keiser analyse cette continuité. Il montre comment la police est devenue l’outil par défaut d’un système politique qui n’hésite pas à défendre l’ordre social en recourant à la violence policière.
Aux États-Unis, le maintien de l'ordre relève des autorités locales. Comment dès lors expliquer qu'une ville réputée progressiste comme Minneapolis soit le théâtre d'exactions policières racistes à répétition ? Dotés d'un lourd passif en matière de violences contre les habitants noirs, ses services de police y jouissent d'une impunité presque totale. Du moins jusqu'à la mort de George Floyd.
Il y a 30 ans, en novembre 1995, une mobilisation massive éclatait contre le plan Juppé. Ce fut une victoire partielle. Le gouvernement est passé en force pour imposer une nouvelle casse de la Sécurité sociale. Mais la pression des grèves a été telle que les mesures qui ciblaient les retraites ont été abandonnées. C'est ce mouvement social qui a signé l'acte de naissance d'Acrimed, créé en réaction au traitement médiatique des grèves. Depuis lors, l'association n'a jamais cessé de scruter la façon dont les médias dominants couvrent les conflits sociaux, jusqu'à aujourd'hui. Pas plus tard qu'en septembre 2025, face au mouvement Bloquons tout, les médias étaient sur le pied de guerre. Depuis 1995, le pôle réactionnaire et les chaines en continu ont considérablement augmenté le niveau sonore. Mais les chiens de garde de 2025 n'ont rien à envier à leurs prédécesseurs. Alarmistes avant les mobilisations, hargneux pendant, ils ne font valoir qu'un seul et même slogan : les médias contre la rue.
Les violences policières sont habituellement perçues de deux manières a priori opposée. Certains y voient des « bavures » exceptionnelles qu’il s’agirait de résorber par davantage de contrôle et de déontologie pendant que d’autres dénoncent un usage systémique de la violence et la fonction politique des forces de l’ordre dans le maintien d’un ordre du monde historiquement situé. C’est une autre approche que propose Sylvain George, en l’occurence déceler les mécanismes de pouvoir à l’oeuvre dans les « scènes » de brutalisation policière. Après Nahel Merzouk, Aly et Alexandre George, le réalisateur se penche sur le cas de Bilal, 15 ans, tabassé et humilié dans un local poubelle par un équipage de la Compagnie de Sécurisation et d’Intervention. Il s’agit d’arracher l’évènement au statut délétère du fait divers pour en restituer toute la portée rituelle, symbolique et donc politique.
L’enlèvement de Maduro par Trump révèle la timidité européenne : une faillite morale qui désarme le continent face à un monde de force brute. C’est une erreur historique. En refusant de condamner la méthode, les Européens normalisent un monde où la puissance remplace le droit, et où leur propre sécurité dépendra non plus d’institutions, mais de l’humeur des puissants.
(...)
La tragédie européenne tient à cette dichotomie : un discours moral magnifique, mais une conduite d’allié apeuré. À force de confondre loyauté et soumission, prudence et renoncement, l’Union risque de découvrir que la “timidité n’achète pas la sécurité”, mais seulement le mépris — celui des alliés puissants et celui des adversaires patients.
On ne peut pas comprendre l’enlèvement de Nicolas Maduro si l’on ignore les masses financières colossales associées à un changement de régime à Caracas.
Il ne s’agit pas de minorer les aspects idéologiques ou géopolitiques de l’intervention américaine – réaffirmer la doctrine Monroe, asseoir des sphères d’influence impériales.
Mais c’est bien le pétrole qui constitue le mobile essentiel de ce coup de force : l’accaparement et l’extraction des plus importantes réserves d’or noir du monde, longtemps exploitées avec une profitabilité inouïe par les multinationales américaines et leurs actionnaires.
De Macron à Sarkozy, de Balkany à Valls, les figures du pouvoir politique et économique accumulent mensonges, condamnations et revers sans jamais manifester ni honte ni remords. Ce n'est pas une anomalie psychologique individuelle : c'est la condition même de l'accession au pouvoir. Des recherches scientifiques prouvent d'ailleurs que le pouvoir attire les profils pathologiques…
Les agressions racistes et homophobes commises par l'extrême droite sont en augmentation ces dernières années. Recensement non-exhaustif.
Le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois, Zyed Benna et Bouna Traoré meurent après une course-poursuite avec la police.
Leur mort déclenche trois semaines de révoltes dans les quartiers populaires, parmi les plus importantes de l’histoire contemporaine française.
Face à cette colère, l’État fait un choix : Déploiement massif des forces de l’ordre, état d’urgence, dispositifs d’exception : la réponse est d’abord sécuritaire. Les quartiers deviennent un terrain d’expérimentation où s’élaborent des pratiques de maintien de l’ordre appelées à durer.
Cette séquence marque un basculement. Ce qui était présenté comme provisoire s’installe dans le temps.
Les outils, les doctrines et les récits forgés en 2005 structurent durablement la manière dont l’État gère la contestation sociale. De la loi Travail aux Gilets jaunes, jusqu’aux mobilisations contre la réforme des retraites, la répression s’intensifie et se banalise.
20 ans plus tard, les morts se sont accumulés, les lois sécuritaires se sont empilées.
La police s’est militarisée, elle a gagné en pouvoir, en armes, en influence politique.
Dans le même temps, les violences policières sont devenues un sujet central du débat public, portées par les luttes et le travail de collectifs et de familles de victimes.
Ce film retrace cette séquence longue : comment l’État a tiré les leçons de 2005, comment la répression s’est structurée, et pourquoi les violences policières et l’antiracisme sont devenus des enjeux centraux du débat politique français.
Lors de la sortie de L’étranger, le film d’Ozon, je me suis demandé : pourquoi adapter maintenant ce roman sinistre et ringard ? Bien sûr, on pouvait répondre en pensant à la passion de Macron pour Camus, et aux tensions actuelles entre la France et l’Algérie. Mais, en lisant le livre magistral d’Olivier Gloag, Oublier Camus (2013), on réalise à quel point la situation de « l’Algérie française », et celle de la Palestine judaïsée sont semblables, et que la bonne conscience coloniale de Camus peut servir à neutraliser les horreurs du génocide en Palestine, comme elle sert à donner un visage humaniste à la colonisation française en Algérie.
L’Algérie était, comme l’est la Palestine, une colonie de peuplement, ce qui permet aux colons de s’imaginer que le pays qu’ils occupent est le leur. Camus s’imaginait algérien, et criait, comme les autres colons, son amour de l’Algérie ; c’est sans doute à partir de là qu’on a pensé qu’il était anti-colonialiste, comme le prétendent les critiques de droite et l’institution scolaire – mais Camus aimait l’Algérie sans les Algériens (comme O. Gloag, je désignerai par le terme d’Algérien, que les colons français s’étaient approprié, les indigènes que les colons appelaient « les Arabes » ou « les musulmans), et il la voulait partie intégrante de l’Empire français ; c’est ce que montre Gloag en étudiant précisément, dans leur contexte, les déclarations, mouvantes et souvent ambiguës, de Camus.