Comment les médias dominants auraient-ils qualifié les images de la répression policière violente contre des lycéens si elles avaient émané de Russie ou de Chine ? Probablement comme ce qu’elles sont : la brutalité aveugle d’un régime autoritaire aux abois.
Les violences policières sont loin d’être une nouveauté en France, les quartiers populaires comme les mouvements écologistes en savent quelque chose. Mais le déchaînement actuellement à l’œuvre contre les lycéens est un moment de bascule.
La barbarie des « forces de l’ordre » contre la jeunesse du pays, déployée avec les encouragements du ministre de l’Intérieur, révèle dans toute sa monstruosité la vision du monde de ceux qui nous gouvernent : après eux, le déluge. Tout faire, quoi qu’il en coûte, pour ne pas dévier de leur politique néolibérale qui enrichit les plus riches sous le prétexte fallacieux de réduire la dette. Ne pas céder une once de terrain. Quitte à écraser ses propres enfants.
La prise de parole — si tardive — du Premier ministre mercredi 7 octobre se cantonne à quelques promesses floues et à la mise en place d’une plateforme de consultation pour les lycéens : technique éculée en macronie pour essouffler un mouvement. On se souvient des cahiers de doléances sans lendemain des Gilets jaunes.
Les fermetures administratives d’universités sont de retour ! Prenons deux exemples, parmi mille autres :
À l’université d’Aix-Marseille, le président Berton ne fait pas dans la dentelle : par un arrêté du 5 octobre 2026, il décide la fermeture administrative de « l’ensemble des enceintes, bâtiments, des locaux et des accès sur tous les sites et campus […], y compris les bibliothèques universitaires », et accompagne cette fermeture d’une bascule générale des activités en distanciel – « lorsque les fonctions et les conditions le permettent » pour « les personnels affectés sur site », et « dans la mesure du possible » pour « les activités pédagogiques et de formation ».
À l’université de Nanterre, la présidente Rolland-Diamond fait davantage dans la subtilité, si l’on peut dire. Dans un courriel adressé à l’ensemble des personnels le 5 octobre 2026, elle affirme soutenir « les revendications au cœur de la mobilisation en cours », en même temps qu’elle ferme « l’ensemble des sites de l’université (Nanterre, Ville-d’Avray et Saint-Cloud) ». Elle prend également soin de préciser qu’« aucun enseignement ne peut être assuré en distanciel pour se substituer à l’enseignement présentiel », mais les personnels administratifs sont aussitôt rattrapés par le col puisqu’ils « sont invités à poursuivre leurs activités à distance lorsque leurs missions le permettent ».
« Les multiples fermetures de sites universitaires et le passage en distanciel semblent avoir limité la mobilisation des étudiants », constate ainsi prudemment Le Monde. Ce n’est pas peu de le dire – et de tels choix présidentiels résonnent directement avec une autre pratique déployée au même moment contre le mouvement lycéen : les arrêtés préfectoraux instituant, autour des lycées mobilisés, des périmètres dans lesquels les rassemblements sont interdits, et qui ont suscité, ces derniers jours, une vague de référés-liberté coordonnée par le Syndicat des avocats de France1. Certes, les instruments juridiques ne sont pas identiques, mais leur logique converge : il s’agit de neutraliser préventivement l’espace dans lequel les mobilisations lycéennes ou étudiantes pourraient prendre corps.
Voici donc où nous en sommes : autour des lycées, les préfet·es interdisent les regroupements dans un périmètre donné ; dans les universités, nos président·es interdisent l’accès aux campus mêmes. La distance qui sépare les techniques de police des second·es de celles des premier·es est donc devenue singulièrement courte, et c’est incontestablement un autre signe de la « préfectoralisation » de nos présidences.
Alors qu’étudiants et lycéens se rejoignent pour dénoncer les conditions de misère qui leur sont imposées, un secteur de recherche continue à bénéficier de centaines de millions d’euros de financements publics : celui de l’IA. Un « pognon de dingue » sous forme d’aides directes et via le crédit d’impôt mécénat qui profite massivement, et sans transparence, au secteur privé. Et en particulier, en bout de chaîne, aux géants étatsuniens de la tech.
L’homme apostrophé par le député européen Anthony Smith (LFI) lors des manifestations lycéennes, vendredi 2 octobre, à Reims (Marne) était bien un policier, confirme le procureur ce dimanche. Selon le magistrat, il intervenait dans le cadre du maintien de l’ordre, alors que des violences avaient éclaté entre manifestants et policiers.
Alors que la mobilisation des lycéens a pris de l'ampleur ces derniers jours, le sociologue Robi Morder analyse pour Ici Alsace TV les spécificités de la colère des adolescents, en réalité loin d'être inédite dans l'histoire récente.
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Ce qui est inédit, c'est l'ampleur de la répression. 1 800 gardes à vue en France en l'espace de trois jours, c'est du jamais-vu. Il y a toujours eu des altercations entre jeunes manifestants et police évidemment, des blessés aussi, des tensions. Mais que la consigne soit donnée de procéder à autant d'interpellations en si peu de temps, je ne me souviens pas d'avoir vu ça. On a franchi une étape.
La République comme outil de domination illimitée de la bourgeoisie n’a pas connu de plus grand ennemi en France que la Commune. Et ils le savent. Ils le savent très bien. Lors des cent-cinquante ans de la Commune, en 2021, c’est l’historien et éditeur récemment décédé Pierre Nora, de l’Académie française, qui se faisait le relais du roman national le plus crasse en disant sur France Inter : « Commémorer Napoléon, oui, la Commune, non ». La Commune, dit-il, je cite, je cite toujours : « n’a pas apporté grand-chose ». Pas apporté grand-chose ? Très bien. C’est ce qu’on va voir. Encore une fois. Pour la dernière fois.
La Commune n’a duré que soixante-douze jours. « Pas grand-chose » donc, comme dit l’historien à la dimension tellement, tellement, tellement quelque chose. Mais ces soixante-douze jours ont répondu à soixante-dix ans d’oppression politique : du début du premier empire à la fin du second, en passant par la restauration, la monarchie de Juillet et la deuxième république. Et peut-être à soixante-dix fois soixante-dix ans.
Les fiches "Nos droits" face à la police sont disponibles gratuitement, n'hésitez pas à les consulter et diffuser, pour savoir quoi faire face aux violences policières, en manifestation, en garde à vue et en cas de contrôles.
En d’autres temps, on aurait parlé de rafles policières massives sur des mineurs. En d’autres lieux, par exemple si cela se passait en Iran ou en Russie, nous parlerions d’un régime tyrannique qui martyrise une jeunesse héroïque. En seulement trois jours, l’État français a arrêté 635 lycéens et lycéennes.
"Ce que nous aurons vécu ressemble à un conte.
Ce n’est pas un conte.
C’est un remake.
Ce que nous avons vécu est le remake d’un épisode de l’Histoire de la Chine.
Face à la révolte des Turbans jaunes, l’empereur Han Lingdi, pris de panique, se voit incapable de répondre seul. Il lance un appel à l’aide, auquel répondent des généraux et des chefs régionaux qui répriment l’insurrection dans la violence et le sang. Oui, oui, encore oui.
Zhang Jiao meurt. L’Insurrection des Turbans jaunes échoue. Mais le pouvoir dynastique, ébranlé, ne pourra jamais retrouver son équilibre. Il prendra officiellement fin quarante-cinq ans plus tard, en l’an 220.
En l’an 220, en Chine, l’Empire a pris fin.
Les Turbans jaunes vont réapparaître en France durant le règne d’un certain Emmanuel Macron. César de Wish. Le petit robot. L’Homoncule de l’entonnoir."
Ainsi commence le dernier épisode de L’Empire n’a jamais pris fin.
Et si l’affaire Thélyson Orélien disait tout autre chose que ce qu’on lui fait dire ? Derrière le procès en écriture artificielle se rejoue une très vieille question littéraire : qui est vraiment l’auteur d’un texte ? De Roland Barthes à l’intelligence artificielle, jusqu’au bûcher contemporain de l’économie de l’attention, petite histoire de trois morts de l’auteur.
Quelques mots à propos de la polémique qui enfle et enfle encore au sujet du roman « C’était ça ou mourir » de Thélyson Orélien. « Il paraît » qu’il aurait été en grande partie écrit par une IA. « On dit que » des détecteurs d’IA identifient des passages entiers comme « utilisant l’IA« . Les mêmes détecteurs qui sur à peu près n’importe quel texte classique du 18ème, 19ème siècle ou d’avant (donc de l’époque où les IA n’existaient pas) affirment avec autant d’assurance qu’ils ont aussi été écrits avec l’aide de l’IA.
"Complément d’enquête" révèle que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, aurait participé à la circulation de l’intox visant Rima Hassan et la soi-disant drogue retrouvée dans son sac, le 2 avril dernier, lors d'un placement à garde à vue. Les révélations sur le rôle du ministre, elles, n’ont pas connu le même retentissement sur les chaînes qui avaient attisé l’incendie médiatique. Un mensonge au sommet de l'État, est-il moins important qu’un prétendu sachet de poudre ?
La proposition de loi introduisant une présomption d'usage légitime des armes par les forces de l'ordre doit arriver bientôt au Sénat. Un arsenal inédit en Europe, d'après des spécialistes.
Adoptée en juillet par les députés, la proposition de loi dite « permis de tuer » par ses opposants introduit une présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre. Elle doit arriver au Sénat.
« Il n’existe pas d’exonération de responsabilité pour les forces de l’ordre dans les pays de l’Union européenne, ni au Royaume-Uni ou en Suisse », indique Sebastian Roché, politologue, spécialiste des questions de police et de sécurité.
Si elle est adoptée, cette proposition de loi inverserait aussi la charge de la preuve, qui reviendrait au ministère public ou aux victimes, un renversement inédit en Europe également.
Comment expliquer la montée de l'extrême droite et les références au nazisme dans de nombreux partis de la droite radicale? Peut-être en revenant aux sources. C'est ce que fait notre invité, l'historien Johann Chapoutot dans son dernier livre "La Bascule : Allemagne 1933".
À travers l'étude minutieuse des premiers mois du régime hitlérien, Johann Chapoutot montre que l'effondrement d'une démocratie ne résulte pas seulement de l'action de ses ennemis déclarés. Il repose aussi sur les calculs, les renoncements et les accommodements de ceux qui pensent pouvoir tirer profit de la situation. "Le pire n'est jamais sûr." Une conclusion qui donne à cette enquête historique une résonance particulièrement contemporaine.
Des ministres qui rejoignent des multinationales, des députés qui deviennent lobbyistes ou inversement, des hauts fonctionnaires qui se mettent au service d’intérêts économiques qu’ils étaient chargés de réguler...
Enquête sur le grand brouillage des frontières entre public et privé.
Maintenant, au moins, on sait. Après la censure de Adèle Haenel sur France 5, on sait d'abord ce qui est dicible à la télévision française, en septembre 2026, près de trois ans après le 7 octobre 2023, et les représailles israéliennes qui ont suivi (73 000 morts au minimum à Gaza). Ce qui est dicible, ou aurait dû l'être, c'est la version initiale du texte de Adèle Haenel, qui figurait sur le prompteur de l'émission "La grande librairie" et, à en croire "Blast", a été lu deux fois par la comédienne lors des répétitions sur le plateau.