Le syndicat agricole Coordination rurale affirme être apolitique. Pourtant, sur le terrain, nombreux sont les représentants de ce syndicat qui affichent ouvertement leur proximité idéologique avec l'extrême droite.
...
« C’est un énorme plaisir de voir votre jeunesse, ça me fait chaud au cœur. » La vice-présidente de la Coordination rurale, Sophie Lenaerts, participe à une université d’été, le 23 août dernier. Mais pas n’importe laquelle. Elle est organisée par l’Action française, un mouvement politique d’extrême droite, nationaliste et royaliste.
Reconnaissance faciale en temps réel, interprétation des émotions, catégorisation des pensées religieuses, sexuelles et politiques… La France a activement milité pour que ces pratiques soient permises par « l’AI Act », le règlement européen sur l’intelligence artificielle, révèlent Disclose et Investigate Europe, documents confidentiels à l’appui.
Imaginez que vous participiez à une manifestation pour le climat, que vous portiez un badge ou que vous brandissiez une pancarte. Une caméra « intelligente » détecte ces signes, enregistre votre visage et transmet les images à la police pour les comparer au fichier des personnes recherchées pour crimes environnementaux. Vous n’y figurez pas, mais les données restent stockées. Imaginez un naufragé qui vient de débarquer sur l’île de Lampedusa. Arrêté, il est interrogé à l’aide d’une caméra capable de détecter des émotions. Le système enregistre des signes de nervosité, de peur, d’indécision : il en conclut que l’exilé ment sur son âge ou ses origines. Sa demande d’asile est rejetée.
Ces scènes qui semblent sorties d’un film de science-fiction pourraient devenir réalité dans les prochaines semaines. Le 2 février, les articles les plus controversés — dits « risques inacceptables » — du règlement européen sur l’intelligence artificielle (IA) entreront en vigueur avec, dans leur sillage, une myriade de portes ouvertes pour contrôler l’espace public. Le texte était pourtant censé encadrer l’usage de l’intelligence artificielle contre les menaces pour les droits fondamentaux et les libertés publiques en Europe. Mais après deux ans de négociations secrètes entre les États européens, ce cadre n’a pas survécu aux coups de boutoir de la France, qui a obtenu des exemptions majeures en imposant le thème de « la sécurité nationale ».
C’est ce que démontre l’analyse d’une centaine de documents confidentiels européens sur l’AI Act, obtenus par Disclose et Investigate Europ. Des comptes-rendus de négociations qui dévoilent comment Paris est parvenu à ouvrir une brèche pour autoriser la surveillance de masse dans l’espace public.
Alors que se déroulent jusqu’au 30 janvier les élections dans les chambres d’agriculture, qui désignent les représentants du monde agricole et paysan dans ces instances, Contretemps republie ici un dossier de Campagnes solidaires (n°405 – mai 2024), le mensuel de la Confédération paysanne à propos de l’extrême droite dans le monde agricole.
Il comprend plusieurs articles permettant de revenir sur l’histoire internationaliste de la confédération paysanne (Fanny Métrat), la manière dont le monde paysan a été confronté aux « chemises vertes », un mouvement fascisant dans les années 1930 (Gaël Blanc) ou encore la manière dont « l’extrême droite gagne du terrain dans le monde agricole » (Sophie Chapelle).
Plusieurs articles sont consacrés à différentes régions en particulier : du Midi à l’Ouest, c’est la manière dont l’extrême droite s’affiche auprès des agriculteur·ices en colère ou met en œuvre des actions ponctuelles. Sophie Chapelle rappelle ensuite à quel point les propositions du RN s’inscrivent dans une logique productiviste à rebours du projet de l’agriculture paysanne. Finalement, les derniers articles du dossier reviennent sur les contours du projet de la confédération paysanne (Stéphane Galais), et son implication aux côtés des travailleuses et des travailleurs saisonniers migrants (Sophie Chapelle).
Tandis que la Coordination rurale est mise en avant par les médias comme une interlocutrice privilégiée, nous publions ce dossier pour rendre compte de ces accointances avec l’extrême droite, que des initiatives récentes ont encore révélé ; par exemple, dans le Tarn-et-Garonne, la Coordination rurale a fait venir Eric Zemmour pour une réunion publique le 15 novembre 2024 et a bénéficié d’une large couverture médiatique, notamment de Cnews ; ou encore, la vice-présidente de la Coordination rurale (Sophie Lenarts) a participé à l’université de l’Action Française à la fin du mois d’août.
Ce ne sont que quelques exemples récents, qui révèlent une imprégnation profonde et des relais de l’extrême droite dans des fractions de plus en plus visibles du syndicalisme agricole.
La semaine dernière, pour la plus grande satisfaction de la presse et des médias mainstream qui se sont comme nous le verrons chaudement félicités de ce sauvetage en le présentant comme un gage de raison et de sagesse, le gouvernement Bayrou a survécu à la motion de censure présentée par la gauche.
Il a plus précisément été sauvé par le Parti socialiste et le Rassemblement national, qui ont conjointement refusé de voter cette censure.
À l'Université Sorbonne Paris Nord, la présidence a interdit la tenue d'une conférence de Pascale Boniface sur son livre {Israël-Palestine, une guerre sans limites}. Un nouveau cas de censure, qui illustre la poursuite de la répression envers les étudiants qui veulent parler du génocide en Palestine à l'université.
Ce lundi, quelques heures avant de quitter la Maison Blanche, l’ex-président des États-Unis, Joseph Biden a commué la peine de M. Léonard Peltier, incarcéré depuis 1977. Ce militant, membre des tribus sioux et de l’American Indian Movement, condamné à perpétuité pour le meurtre de deux agents du FBI en 1975, avait toujours proclamé son innocence. « Il apparaît de plus en plus que le véritable crime de Léonard Peltier est d’être un Indien et d’avoir eu le tort de défendre les droits essentiels de ces peuples premiers avec lesquels l’Amérique n’a pas encore réglé sa dette historique », écrivait Jean-Marc Bertet en 2002.
Comment le "Charlisme" s'est-il transformé en dix ans ? Charlie Hebdo est-il encore fidèle à son esprit originel ou devenu autre chose ?
Le 7 janvier 2015, la France était frappée en plein cœur. L’attaque terroriste contre Charlie Hebdo a marqué une rupture historique et déclenché une vague d’émotion sans précédent. Des millions de personnes ont brandi le slogan “Je suis Charlie”, mais que signifiait-il vraiment ? Dix ans plus tard, où en sommes-nous ?
Dans cette nouvelle édition de “L’invité de Moumou”, Mourad Guichard et Théophile Kouamouo reçoivent Daniel Schneidermann, journaliste et auteur, fondateur du média spécialisé “Arrêt sur Images” et célèbre critique télé. Dans son livre Le Charlisme raconté à ceux qui ont jadis aimé Charlie, il analyse l’évolution de Charlie Hebdo, de son lectorat et du phénomène sociologique qu’il nomme “Charlisme”. Ce concept dépasse aujourd’hui le journal lui-même : il incarne un rapport assez particulier, voire problématique, aux valeurs républicaines, à la liberté d’expression et aux fractures de notre société. Comment le "Charlisme" s'est-il transformé en dix ans ? Charlie Hebdo est-il encore fidèle à son esprit originel ou devenu autre chose ?
Dans cet échange passionnant, entrecoupé d’extraits télévisés qui “racontent” comment la commémoration des attentats a été “récupérée” par des factions conservatrices voire islamophobes, nous revenons sur l’héritage de Charlie Hebdo, les débats qu’il suscite toujours, et la mémoire collective de ces événements tragiques.
Comment CNews, "Le Figaro" ou le "JDD" reprennent les éléments de langage du camp Sarkozy.
Dans l'affaire des financements libyens de sa campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy est soupçonné de corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs. Son procès s'est ouvert le 6 janvier - tout comme la valse des médias qui reprennent à leur compte les arguments de la défense de l'ancien président.
En annonçant un « conclave » de 3 mois pour négocier des améliorations « sociales » de la réforme des retraites, François Bayrou a pris de court les socialistes, les obligeant à discuter de l’inacceptable.
Il y a eu comme un espoir. Vague, certes, mais tout de même. Depuis quelques jours, la macronie semblait prête à remettre sur la table le sujet de la réforme des retraites. Jusque-là, elle restait arc-boutée sur ce totem injuste et antisocial depuis son adoption en force, au printemps 2023. C’est, du moins, ce qu’ont cru les socialistes dont la crédulité n’a d’égal que le coup de Trafalgar que leur a adressé François Bayrou lors de son discours de politique générale.
Incroyable causerie: forte, profonde, émouvante. Quand raison d'Etat et nécessité humanitaire s'entrechoquent.
Ils ont 5 ou 6 ans, prisonniers dans des camps en Syrie. Leur tort: être né de parents (souvent pères) accusés de terrorisme ou d’avoir servi Daesh. Avocate du collectif Familles unies, Marie Dosé se bat pour leur raptriement. Elle a fait condamner la France par la Cour Européenne, par le Comité International des Droits de l’Enfant, par le Comité contre la Torture des États-Unis. Aujourd’hui, elle estime que la chute d’Assad offre une occasion inespérée de faire revenir ces gamins, et leurs mères. Elle nous a dit comment.
Xénophobie sans limites, mépris décomplexé des pauvres, violence outrancière et immodérée contre la gauche… Personne ne semble pouvoir arrêter le grand n’importe quoi sur les plateaux télés des milliardaires. Comment en est-on arrivé là ? Mi-octobre 2016, devant le siège de Canal +, cela fait 15 jours que les journalistes d’I-Télé, la chaîne info du groupe, sont en grève. Leurs revendications ? Pouvoir travailler en toute indépendance vis-à-vis du nouvel actionnaire du groupe, Vincent Bolloré. Depuis quelques semaines, il veut imposer en vitrine de leur chaine d’info un animateur controversé, Jean-Marc Morandini, alors accusé de harcèlement sexuel.
A l’issue de cinq semaines de grève et face à l’obstination de Bolloré, les trois quarts de la rédaction quittent la chaîne. Pour faire rentrer dans le rang les derniers récalcitrants, la nouvelle direction emmenée par Serge Nedjar, un fidèle de Bolloré, va déployer un management brutal et autoritaire. Pour Off Investigation, des journalistes de l’époque ont accepté de témoigner de ce management par la peur. Tous ont requis l’anonymat pour évoquer des humiliations publiques, remontrances, harcèlement professionnel qu’ils estiment avoir subi. Après cette reprise en main d’I-Télé qui deviendra CNews début 2017, toutes les chaînes d’information privées se trouvent désormais entre les mains de puissants milliardaires, tous classés à droite, voire à l’extrême droite.
Ils ne vont pas tarder à instrumentaliser leurs médias pour soutenir la politique pro-business du nouveau président Emmanuel Macron, quitte à pointer du doigt certaines catégories de la population qu’il conviendrait de mépriser, voire de mettre sous pression.
Dans cette interview, réalisée pour le podcast Los monstruos andan sueltos, Verónica Gago analyse la portée de ce qu’elle définit comme « restauration patriarcale » et fait référence au processus de masculinisation de la politique : « Des composants politiques alliés continuent à mettre la progression de l’extrême-droite sur le dos des féminismes ».
La concentration des médias s’accélère en France sous l’influence de quelques milliardaires qui possèdent des journaux, radios, télés. Qui sont-ils ? Quel contrôle exercent-ils sur ce bien public qu’est l’information. Décryptage.
Le secteur de la presse en France continue d’être une sorte de Monopoly pour milliardaires en quête d’influence. Journaux, télés, radios… En une décennie, la concentration des médias n’a fait que s’intensifier, et une poignée de milliardaires se partagent le gâteau, ou se revendent titres et chaînes de télé.
Plus de 90 % des exemplaires de quotidiens nationaux vendus chaque jour dans leur version papier appartiennent directement ou partiellement à une poignée d’ultra-riches. Nous avons calculé ce chiffre à partir de la diffusion annuelle des huit quotidiens nationaux : Le Monde, Le Figaro, Aujourd’hui en France, L’Équipe, Les Échos, Libération, La Croix et L’Humanité. Ces deux derniers titres mis à part, les autres journaux ont pour propriétaires ou actionnaires un ou plusieurs milliardaires.
«Je n’ai rien à cacher. J’ai torturé parce qu’il fallait le faire». Ce sont les mots de Jean-Marie Le Pen en 1962, dans le journal Combat.
Oui, Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National et père de la double finaliste des dernières élections présidentielles est un tortionnaire. Il est coupable de crimes contre l’humanité au sens du droit international. De nombreux témoignages confirment que le parrain de l’extrême droite française a bien commis des actes de torture et de barbarie ignobles, jusqu’au meurtre, sur des personnes algériennes en 1957 lors de la Guerre d’Algérie.
Alors que l’état d’exception, c’est-à-dire « l’exception au principe de l’État de droit », semble s’imposer comme la réponse « technique » à tous les défis (terrorisme, pandémies, crises de la démocratie représentative,…), Eugénie Mérieau en propose une analyse historique, juridique et géopolitique.
Elle explique tout d’abord que l’état d’exception a pour effet juridique « objectif » de concentrer le pouvoir aux mains de l’exécutif, et comme effet juridique « subjectif » de suspendre les droits et les libertés individuels garantis. S’il a pour « ancêtres antiques et médiévaux » la dictature romaine et les différentes conceptions de l’État de nécessité, il appartient avant tout à la tradition libérale de l’État de droit et naît avec les Lumières. Son ancêtre direct est la loi martiale, d’invention britannique, qui consiste en un triple-transfert, en temps de paix, du pouvoir législatif, exécutif et judiciaire des autorités civiles vers les autorités militaires. Tout comme la dictature romaine s’exerçait en état d’urgence à l’intérieur des frontières de la ville où aucune formation militaire ne pouvait pénétrer armée en temps ordinaire, et en permanence aux frontières de l’empire, la pensée libérale établit une distinction et une coexistence entre différents ordres juridiques, en fonction des territoires et des populations concernées.
(...)
« L’état d’urgence n’est pas une aberration ou anomalie dans une histoire linéaire de progrès vers les droits de l’homme et la démocratie… Il est la condition même de cette histoire, de ce « conte de fée » libéral, qui doit rester caché dans la périphérie, comme on cache les canalisations d’évacuation des eaux usées… sans lesquelles pourtant rien ne fonctionne et tout suinte de façon pestilentielle. » Avec cet exposé extrêmement clair et synthétique, Eugénie Mérieau replace l’état d’urgence, « zone d’ombre de la pensée libérale », au centre de la théorie et de la pratique du droit libéral : « L’état d’urgence produit de l’exclusion pour mieux pouvoir clamer l’universalisme de l’État de droit. »