Interdiction de : l'abaya/robes longues, du calot, du voile, contrôle des bouteilles en plastique dans les toilettes de la RATP. Harcèlement, discriminations, calomnies, essentialisation, licenciements abusifs, contrôles au faciès, lois d'exception contraires à un État de droit, menace de mort d'un nouveau-né. Tel est le quotidien des musulmans,ou personnes assimilées comme tel, en France.
Il y a 30 ans, en novembre 1995, une mobilisation massive éclatait contre le plan Juppé. Ce fut une victoire partielle. Le gouvernement est passé en force pour imposer une nouvelle casse de la Sécurité sociale. Mais la pression des grèves a été telle que les mesures qui ciblaient les retraites ont été abandonnées. C'est ce mouvement social qui a signé l'acte de naissance d'Acrimed, créé en réaction au traitement médiatique des grèves. Depuis lors, l'association n'a jamais cessé de scruter la façon dont les médias dominants couvrent les conflits sociaux, jusqu'à aujourd'hui. Pas plus tard qu'en septembre 2025, face au mouvement Bloquons tout, les médias étaient sur le pied de guerre. Depuis 1995, le pôle réactionnaire et les chaines en continu ont considérablement augmenté le niveau sonore. Mais les chiens de garde de 2025 n'ont rien à envier à leurs prédécesseurs. Alarmistes avant les mobilisations, hargneux pendant, ils ne font valoir qu'un seul et même slogan : les médias contre la rue.
L’arrivée de Léa Salamé au 20h de France 2 a été annoncée en grande pompe. Publicité, portraits à sa gloire : impossible de passer à côté. Plusieurs mois après son arrivée, quel bilan tirer de ce changement au sein de ce qui est parfois présenté comme le « vaisseau amiral » de la chaîne publique ? Au-delà des « bourdes » et autres « moments gênants » largement commentés par ailleurs, que nous raconte le 20h de Léa Salamé ? Et comment ?
Servilité et pluralisme en berne dans la PQR.
Hormis quelques récalcitrants comme La Voix du Nord et Le Télégramme, une grande majorité de la presse quotidienne régionale (PQR) s’est pliée, dans les règles de l’art, aux exigences d’une énième opération de communication orchestrée par Emmanuel Macron à quelques jours du scrutin des européennes : publier le même jour un entretien relu et validé par la présidence. Si seuls neuf journalistes ont été reçus à l’Élysée pour cet échange le 20 mai, les joies de la concentration ont fait le reste… Tant et si bien que le lendemain, le paysage des « unes » était d’une harmonie à couper le souffle : des photos de Macron en pleine page aux encadrés annonçant l’interview, en passant par des titres louangeurs (généralement une citation du Président), la presse a fait la démonstration de son indépendance aux yeux de ses lecteurs. Quant au pluralisme, il est une nouvelle fois piétiné dans ses plus grandes largeurs. Que reste-t-il ? La différence entre information et communication ? Sans commentaire…
Le sociologue franco-palestinien Sari Hanafi a été sollicité par Le Monde pour écrire une tribune sur « l’après-Gaza ». Après deux semaines de silence, il a finalement essuyé un refus. En cause : « Les termes utilisés ne conviennent pas à notre publication. Parler par exemple de "résistance armée" en référence aux actions du Hamas ne correspond pas à notre manière d’aborder les choses. Cela laisse penser que nos perspectives respectives sont trop éloignées pour être réconciliées. »
À l’heure où un colloque consacré à la Palestine est censuré au Collège de France suite à des pressions gouvernementales, Orient XXI publie ici la réponse de Sari Hanafi au Monde ainsi que la tribune refusée.
"Les Français, on est sous le choc du vol des bijoux parce qu'on est nostalgiques de quand on avait des familles royales qui pétaient la classe. Et alors là, comme d'hab, est-ce que ça nous fascine ou est-ce que ça fascine surtout les commentateurs, ces histoires de bijoux et de têtes couronnées ?". "La France éternelle", vue par Usul et Lumi, c'est dans le nouvel épisode de Rhinocéros.
C’est un braquage en règle : à travers de tels programmes, l’audiovisuel public gonfle les capitaux (symboliques et/ou financiers) de celles et ceux qui l’accaparent et le tuent à petit feu. Via sa société de production, Léa Salamé est encore une fois la grande gagnante dans cette affaire, déjà rémunérée « aux alentours de 25 000 euros par mois » pour la présentation du 20h (Capital, 24/07), ce qui la classe (au moins) parmi le 1 % des salariés les mieux payés en France. Un tel état de fait, et l’entre-soi qui va avec, ne cessent de nuire à la défense du service public de l’information – comment justifier ce statu quo ? –, au moment même où l’extrême droite milite telle une machine de guerre en faveur de sa privatisation, dopant ainsi le combat ancestral d’une large partie du champ politique et journalistique – Libération inclus, fut un temps ! – pour le mettre à terre. Las… à force de déprédation structurelle et d’usurpation du sens même du « service public », le détricotage méthodique de l’audiovisuel public se poursuit. Encouragée de l’extérieur par trois décennies de politiques publiques au rabais et d’incessants appels à la privatisation, cette orientation est également tolérée en interne, appliquée par les directions et consentie, bon gré mal gré, par une partie de ses professionnels, au premier rang desquels les journalistes les plus en vue. Ces pressions opérant de manière dialectique pour un résultat très efficace, il est urgent de lutter sur tous les fronts à la fois, sous peine de rejoindre les (pâles) avocats de l’information publique dont le combat se réduit tantôt à livrer gages sur gages à l’extrême droite, tantôt à faire bloc pour « défendre ceux qui l’ont confisquée ».
Dans cet épisode exceptionnel de L’Œil de Moumou, Aymeric Caron revient sur ce qu’il décrit comme « l’un des plus grands scandales moraux et médiatiques de notre époque » : le traitement de la guerre à Gaza. L’ancien journaliste, devenu député, parle sans détour du rôle des médias français, de leur silence et de leurs compromissions.
« On a laissé faire un génocide, affirme-t-il d’une voix calme mais ferme. Et les médias français, au lieu de dénoncer, ont préféré détourner le regard. Ce silence-là, c’est une trahison. »
Caron, qui fut longtemps chroniqueur dans des émissions à forte audience, ne cache pas son désarroi face à ce qu’il appelle « la dérive du journalisme spectacle ». Il cite nommément certaines chaînes : « CNews viole la loi chaque jour, en diffusant des discours de haine ou de désinformation. Et pourtant, l’Arcom ne fait rien. On laisse prospérer une parole qui déshumanise. »
Pour l’auteur de Antispéciste, la question dépasse Gaza : elle touche à la responsabilité morale de ceux qui informent. « Être journaliste, ce n’est pas faire de la com’ pour le pouvoir ou l’armée, c’est mettre la lumière sur ce qu’on veut cacher. »
Interrogé par Mourad Guichard sur la réaction du monde politique, Caron se montre tout aussi sévère : « Quand le président de la République parle d’un “droit d’Israël à se défendre”, sans jamais prononcer le mot Palestinien, il envoie un message terrible. Ce discours a justifié l’injustifiable. »
Mais derrière la colère, transparaît une forme de désillusion. « Je ne me remettrai jamais de Gaza », confie-t-il. « Ce que j’ai vu, ce que j’ai lu, ce silence assourdissant… Tout cela m’a profondément bouleversé. »
Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement politique, mais humain. « Les images de Gaza, on aurait dû les montrer en boucle, parce qu’elles nous obligent à regarder en face notre propre responsabilité. À force d’ignorer la souffrance des autres, on finit par perdre notre humanité. »
Dans cette discussion intense, Moumou lui demande s’il garde espoir. Caron hésite, puis répond : « Tant qu’il y aura des gens qui refusent le mensonge, qui cherchent la vérité, oui, il reste de l’espoir. Mais il faudra du courage. Parce qu’aujourd’hui, dire la vérité, c’est devenu un acte de résistance. »
D'une promotion du projet de nettoyage ethnique nommé "Gaza-plage", en passant par des invités étalant leurs théories complotistes d'extrême-droite jusqu'à la déshumanisation et la criminalisation d'un peuple en collaboration avec une deputé soutenant ouvertement Israël : France info a bel et bien terminé sa mue en Cnews.
La sentence est tombée : Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, est condamné à 5 ans de prison et 100 000 euros d’amende avec mandat de dépôt différé dans l’affaire des financements libyens. Un dénouement provisoire – la défense, ainsi que la Parquet national financier, ont annoncé faire appel – mais qui sera quand même suivi de lourdes conséquences : le 12 octobre prochain, Nicolas Sarkozy connaîtra la date de son emprisonnement. L’attente de son jugement en appel se fera ainsi depuis une geôle. L’occasion pour notre invité Yannick Kergoat, réalisateur du film « Personne n’y comprend rien » produit avec Mediapart pour expliquer toute l’affaire, de porter un regard critique sur le déroulé des événements, d’analyser les déclarations ineptes de Nicolas Sarkozy à la sortie du tribunal, et de revenir sur toutes les connivences médiatiques qui, depuis plusieurs années maintenant, reprennent souvent mot pour mot le narratif de l’ancien président.
Dans un café du quartier des ministères, Patrick Cohen (France Inter), Thomas Legrand (Libération), Luc Broussy et Pierre Jouvet, responsables socialistes, font de la stratégie électorale autour d’un expresso, se lâchent sur Rachida Dati et évoquent un soutien à Raphaël Glucksmann pour 2027. La vidéo, publiée par le magazine d’extrême droite identitaire L’Incorrect, n’est pas spectaculaire en soi, mais elle est révélatrice d’une hypocrisie journalistique à la française. Elle met au jour ce que beaucoup savent déjà : les journalistes politiques français ne sont pas des arbitres neutres, ils sont des acteurs du champ politique, proches des élites, qui subissent des biais politiques, sociaux et raciaux tout en prétendant porter une « objectivité » journalistique.
Pour tenter de gagner le Graal de la meilleure audience devant TF1, la direction de l’information de France Télévisions semble avoir misé sur tout ce qu’il y a de plus rance dans le spectre des opinions politiques.
Lors du 20h du 9 septembre, après une ouverture classique sur le choix du futur Premier Ministre et l’indéboulonnable Nathalie Saint-Cricq qui parle de la nomination de Sébastien Lecornu comme s’il n’y avait pas eu d’autre alternative, on passe à la journée de mobilisation du 10 septembre, et là, soudain, l’information se met au garde-à-vous.
Alors que selon les instituts de sondage, près d’un Français sur deux soutient le mouvement « Bloquons tout ! », le journal de Léa Salamé occulte totalement les raisons de la colère populaire, pour ne traiter cette journée que sous l’angle du maintien de l’ordre et des perturbations à venir pour la France qui travaille.
À Gaza, les bombes ont fait leur œuvre de destruction quand les mots, souvent distordus, sanctifiés, réécrits, ont préparé le terrain. Les médias occidentaux, en relayant sans recul le récit israélien, ont érigé un décor de guerre qui a sacrifié la voix des Palestiniens, là où l’information aurait dû dire la vérité et non la fabriquer.
Depuis 25 ans, l’association Acrimed (Action-Critique-Médias), créée en 1996 dans la foulée et en réaction au traitement médiatique des mobilisations contre le plan Juppé en novembre 1995, a beaucoup diversifié les cibles de ses observations. Mais elle n’a jamais cessé de scruter la façon dont les médias dominants s’adonnent régulièrement à l’un de leurs sports favoris : la démobilisation sociale.