Jeudi 2 avril 2026, trop pressées de taper sur l’une de leurs cibles favorites, de nombreuses rédactions ont propagé des fausses informations à propos de la garde à vue de la députée européenne LFI Rima Hassan, distillées au goutte-à-goutte et en direct par leurs sources policières. Ce naufrage médiatique illustre à merveille la dynamique du journalisme de préfecture, enclenchée par des services « police-justice » n’ayant aucun mal à fouler au pied les principes élémentaires du journalisme, pour peu que leur source fût la police.
Excuses forcées pour une ironie sur Éric Ciotti, indulgence pour des fake news visant LFI, recrutement de chroniqueurs issus de CNews : Franceinfo TV prend un virage éditorial droitier qui inquiète en interne. Journalistes et syndicats dénoncent une complaisance avec la droite et l’extrême droite, une course à l’audience et une imitation des médias privés. Ces pratiques mettent à mal les devoirs de neutralité, de professionnalisme et de rigueur propres au service public. Enquête et témoignages.
Faut-il refuser toute tribune à l’extrême droite dans les médias et dans les coalitions pour endiguer sa montée ? En Belgique, médias et politiques ont établi un tel cordon sanitaire, qui a porté ses fruits, explique le chercheur Benjamin Biard.
Portrait du journaliste le plus célèbre de Libération : Jean Quatremer, macroniste hardcore tombé dans le trumpisme.
«L’Espagne, dévorée par un antisémitisme d’État, officiellement représentante des intérêts de la mollahrchie et du Hamas». C’est le message délirant posté par Jean Quatremer sur le réseau Twitter le 3 mars, à propos du gouvernement socialiste espagnol, parce qu’il refuse d’aller bombarder l’Iran.
Puisque la destruction du sens des mots, de l’histoire et de toutes les boussoles politiques est achevée, alors tout est possible. Comme comparer «l’antisémitisme d’État» – qui renvoie à Pétain, à Hitler et à la Shoah – à l’action d’un gouvernement de centre-gauche qui s’oppose à une guerre et réclame l’application du droit international.
En tant qu’observatoire de l’extrême droite, il nous revenait de fournir une analyse sur les effets du meurtre de Quentin Deranque, battu à mort par des militants antifascistes. L’idée est ici d’interroger les assises de l’extrême droite lyonnaise comme élément de contexte de cette violence en tout point détestable ; mais aussi d’observer ce que cette séquence a produit en termes de légitimation toujours plus rapide des idées d’extrême droite et désormais des groupuscules d’ultra droite afférents.
Un agenda, ça se travaille.
« Guerre des 12 jours », soulèvement du peuple iranien contre la dictature au pouvoir, menaces états-uniennes d’intervention militaire : même avant les attaques israélo-américaines du 28 février, la question iranienne occupait régulièrement l’agenda médiatique. À chaque fois, c’était l’occasion pour une poignée d’entrepreneurs de cause de battre campagne pour Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran. S’ils n’ont pas le monopole de la critique du régime iranien, absolument consensuelle dans le débat public français, ils sont hégémoniques pour traiter de l’alternative politique en Iran : l’autodétermination du peuple iranien n’est quasiment pas un sujet médiatique. C’est que les défenseurs de Reza Pahlavi ont tout des bons clients : soutiens des gouvernements états-unien et israélien, adversaires revendiqués de la gauche française, ils s’inscrivent parfaitement dans l’air du temps médiatique.
Toutes les chaînes de télé commentent avec enthousiasme le défilé d'extrême droite organisé samedi à Lyon et qui s'est déroulé dans le calme.
Nous franchissons des paliers vertigineux de jour en jour. Ce dimanche 22 février, toutes les chaînes de télévision nationales commentent avec enthousiasme le défilé d’extrême droite organisé la veille à Lyon. Déposée par une militante néo-nazie, rejointe par l’extrême droite la plus radicale de toute la France et des pays voisins, désavouée par la famille de Quentin Deranque, ponctuée de saluts nazis et d’injures racistes, elle a beaucoup plu aux éditorialistes.
Donc ils ont eu une éducation. Ils sont allés aux écoles — enfin à Sciences-Po, ou en école de journalisme. Donc on leur a enseigné. Donc, ils ont appris. Ils ont appris l'Histoire. L'ont régurgitée — dans des copies, puis dans des articles, dans des discussions mondaines. Ils ont vu des documentaires — sur Arte. Des films. Sur la montée. Sur ce qui s'est passé, les processus à l'œuvre, les accélérations. À quoi les processus ont conduit. Ils ont été invités — et ont invité — à « méditer ». Comment tout ça avait bien pu se passer. Au milieu de quelle inconscience, de quelle passivité, de quelles faillites, politiques, intellectuelles, morales. Après quoi, ils ont solennellement juré que « plus jamais ». Donc ils savent. Normalement.
Par rapport aux chaines françaises, où l'omerta et le mensonge règnent pour défendre Israël et ses crimes, cette séquence décoiffe.
Il est toujours intéressant de regarder les médias étrangers pour se rendre compte de l’état de pourrissement extrême de notre propre paysage médiatique. Par rapport aux chaines de télévision françaises, où l’omerta et le mensonge règnent pour défendre Israël et ses crimes génocidaires, cette séquence décoiffe.
La scène a été diffusée en direct sur la chaine suisse RTS le 16 février, lors des compétitions de bobsleigh aux JO d’hiver de Milan-Cortina. Alors qu’un athlète israélien apparaît à l’écran, le commentateur sportif Stefan Renna commence : «Edelman, première participation aux Jeux olympiques, qui s’autodéfinit sioniste jusqu’à la moelle, je le cite. Qui a posté plusieurs messages sur les réseaux sociaux en faveur du génocide à Gaza. On rappelle que génocide, c’est le terme employé par la commission d’enquête de l’ONU sur la région…»
Le commentateur déroule ainsi plusieurs arguments factuels, tout au long du passage de l’épreuve, notamment le deux poids deux mesures qui interdit aux athlètes russes de concourir et qui a empêché un athlète ukrainien d’arborer un message, mais qui autorise les israéliens, même quand ils ont combattu dans l’armée et donc directement commis des crimes contre l’humanité.
La meute sioniste a évidemment lancé une campagne de harcèlement et d’attaques contre Stefan Renna. En France, elle aurait obtenu sa tête en quelques heures. En Suisse, la RTS pour l’instant refuse de commenter, espérons que ça dure. Pendant ce temps, France Info a réalisé un reportage de propagande honteux sur l’équipe de bobsleigh israélien, évoquant la Torah et leurs entraînements.
L’extrait de la RTS fait déjà un buzz monumental sur les réseaux sociaux du monde entier, qui saluent ce bref éclair de vérité au moment où l’on s’y attend peu, c’est-à-dire lors d’une compétition sportive. Le sport marchand a tout dépolitisé, mais comme le rappelle le commentateur suisse, le sport est «évidemment politique».
Le 12 février alors que Rima Hassan intervenait lors d’une conférence à l’IEP de Lyon, le groupe de « féministes » identitaires racistes Némésis accompagné de son service d’ordre ont tenté de s’introduire dans la conférence et de la perturber. A l’issue d’un affrontement avec des militants antifascistes, un des nationalistes finit à l’hôpital. Retour sur une mort prévisible, l’emballement médiatique qui s’ensuit et la nécessité de tenir une ligne antifasciste face à la vague brune qui s’annonce.
Les 120 ans de la loi de 1905 sur la laïcité ont donné lieu, dans les grands médias, à une série de productions en tout genre. « Émissions spéciales », « débats », éditoriaux, etc. ont entretenu les biais traditionnels qui contribuent, depuis plus de vingt ans, à brouiller – si ce n’est à totalement falsifier – le débat public sur cette question. Nous en avons discuté avec Nicolas Cadène et Hicham Benaissa. Nicolas Cadène est ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre (2013-2021) et le cofondateur de la Vigie de la laïcité. Il a récemment quitté la haute fonction publique pour se consacrer, en tant que consultant-formateur, à la laïcité et à la gestion des faits religieux, notamment. Hicham Benaissa est sociologue rattaché au GSRL (EPHE-CNRS). Il travaille sur les effets sociaux et politiques de la présence musulmane durable en France, en particulier à partir des trajectoires issues de l’immigration maghrébine. Parallèlement à son travail de recherche, il intervient depuis plus de dix ans sur la gestion du « fait religieux ». Il a conçu et animé plusieurs centaines de formations, réalisé de nombreux diagnostics, et accompagné deux grands groupes ainsi qu’une commune dans la définition de leur politique « laïcité ».
Interdiction de : l'abaya/robes longues, du calot, du voile, contrôle des bouteilles en plastique dans les toilettes de la RATP. Harcèlement, discriminations, calomnies, essentialisation, licenciements abusifs, contrôles au faciès, lois d'exception contraires à un État de droit, menace de mort d'un nouveau-né. Tel est le quotidien des musulmans,ou personnes assimilées comme tel, en France.
Il y a 30 ans, en novembre 1995, une mobilisation massive éclatait contre le plan Juppé. Ce fut une victoire partielle. Le gouvernement est passé en force pour imposer une nouvelle casse de la Sécurité sociale. Mais la pression des grèves a été telle que les mesures qui ciblaient les retraites ont été abandonnées. C'est ce mouvement social qui a signé l'acte de naissance d'Acrimed, créé en réaction au traitement médiatique des grèves. Depuis lors, l'association n'a jamais cessé de scruter la façon dont les médias dominants couvrent les conflits sociaux, jusqu'à aujourd'hui. Pas plus tard qu'en septembre 2025, face au mouvement Bloquons tout, les médias étaient sur le pied de guerre. Depuis 1995, le pôle réactionnaire et les chaines en continu ont considérablement augmenté le niveau sonore. Mais les chiens de garde de 2025 n'ont rien à envier à leurs prédécesseurs. Alarmistes avant les mobilisations, hargneux pendant, ils ne font valoir qu'un seul et même slogan : les médias contre la rue.
L’arrivée de Léa Salamé au 20h de France 2 a été annoncée en grande pompe. Publicité, portraits à sa gloire : impossible de passer à côté. Plusieurs mois après son arrivée, quel bilan tirer de ce changement au sein de ce qui est parfois présenté comme le « vaisseau amiral » de la chaîne publique ? Au-delà des « bourdes » et autres « moments gênants » largement commentés par ailleurs, que nous raconte le 20h de Léa Salamé ? Et comment ?
Servilité et pluralisme en berne dans la PQR.
Hormis quelques récalcitrants comme La Voix du Nord et Le Télégramme, une grande majorité de la presse quotidienne régionale (PQR) s’est pliée, dans les règles de l’art, aux exigences d’une énième opération de communication orchestrée par Emmanuel Macron à quelques jours du scrutin des européennes : publier le même jour un entretien relu et validé par la présidence. Si seuls neuf journalistes ont été reçus à l’Élysée pour cet échange le 20 mai, les joies de la concentration ont fait le reste… Tant et si bien que le lendemain, le paysage des « unes » était d’une harmonie à couper le souffle : des photos de Macron en pleine page aux encadrés annonçant l’interview, en passant par des titres louangeurs (généralement une citation du Président), la presse a fait la démonstration de son indépendance aux yeux de ses lecteurs. Quant au pluralisme, il est une nouvelle fois piétiné dans ses plus grandes largeurs. Que reste-t-il ? La différence entre information et communication ? Sans commentaire…
Le sociologue franco-palestinien Sari Hanafi a été sollicité par Le Monde pour écrire une tribune sur « l’après-Gaza ». Après deux semaines de silence, il a finalement essuyé un refus. En cause : « Les termes utilisés ne conviennent pas à notre publication. Parler par exemple de "résistance armée" en référence aux actions du Hamas ne correspond pas à notre manière d’aborder les choses. Cela laisse penser que nos perspectives respectives sont trop éloignées pour être réconciliées. »
À l’heure où un colloque consacré à la Palestine est censuré au Collège de France suite à des pressions gouvernementales, Orient XXI publie ici la réponse de Sari Hanafi au Monde ainsi que la tribune refusée.