Un soulèvement créatif ne peut être vaincu. Ce qui marque dans les manifestations de ces derniers jours, c’est le nombre impressionnant de pancartes au sein des cortèges, et leur extraordinaire inventivité : punchlines rageuses, dessins mordants ou terribles de vérité, caricatures, humour, détournements ou références littéraires… Un art de rue fait main et engagé, à rebours du tout numérique et de la pensée unique.
Voici 20 pancartes aperçues dans la rue ou trouvées sur les réseaux sociaux, qui montrent la puissance du mouvement en cours.
Bravo aux artistes de la révolte !
Les jeunes mobilisés ont « toujours été un laboratoire des violences policières », analyse Pierre Douillard-Lefèvre, qui a lui-même perdu un œil à cause d’un tir de LBD à 16 ans. Selon le chercheur, une « politique néofasciste » est désormais appliquée face à la jeunesse.
Plus de 200 adolescents blessés, dont plusieurs grièvement, des milliers d’arrestations... Depuis le 29 septembre, la répression s’accentue contre les lycéens qui se mobilisent partout en France. Ils dénoncent leurs conditions d’études et, plus largement, la situation sociale et écologique dont ils héritent.
À 16 ans, en novembre 2007, Pierre Douillard-Lefèvre a lui-même perdu l’usage d’un œil à cause d’un tir de LBD, lors d’une manifestation lycéenne à Nantes. Depuis, ce sociologue et chercheur en sciences sociales travaille sur la militarisation du maintien de la sécurité et les violences policières. Il analyse pour Reporterre ce qu’il considère comme une nouvelle étape de la répression : son intensification et son extension à l’ensemble de la jeunesse.
Comment les médias dominants auraient-ils qualifié les images de la répression policière violente contre des lycéens si elles avaient émané de Russie ou de Chine ? Probablement comme ce qu’elles sont : la brutalité aveugle d’un régime autoritaire aux abois.
Les violences policières sont loin d’être une nouveauté en France, les quartiers populaires comme les mouvements écologistes en savent quelque chose. Mais le déchaînement actuellement à l’œuvre contre les lycéens est un moment de bascule.
La barbarie des « forces de l’ordre » contre la jeunesse du pays, déployée avec les encouragements du ministre de l’Intérieur, révèle dans toute sa monstruosité la vision du monde de ceux qui nous gouvernent : après eux, le déluge. Tout faire, quoi qu’il en coûte, pour ne pas dévier de leur politique néolibérale qui enrichit les plus riches sous le prétexte fallacieux de réduire la dette. Ne pas céder une once de terrain. Quitte à écraser ses propres enfants.
La prise de parole — si tardive — du Premier ministre mercredi 7 octobre se cantonne à quelques promesses floues et à la mise en place d’une plateforme de consultation pour les lycéens : technique éculée en macronie pour essouffler un mouvement. On se souvient des cahiers de doléances sans lendemain des Gilets jaunes.
En d’autres temps, on aurait parlé de rafles policières massives sur des mineurs. En d’autres lieux, par exemple si cela se passait en Iran ou en Russie, nous parlerions d’un régime tyrannique qui martyrise une jeunesse héroïque. En seulement trois jours, l’État français a arrêté 635 lycéens et lycéennes.
Ces dernières semaines, Gabriel Attal a multiplié les déclarations offensives à l’égard de la jeunesse : “il y a un problème de violence chez les jeunes”, il faut les “remettre les jeunes dans le droit chemin”, “il faut aussi parler du repli sur soi de nos jeunes, de cet individualisme parfois forcené”, bref, selon lui il faut agir et vite, via un arsenal de mesures extrêmement répressives. Pourquoi ? Car “c’est la république qui contre attaque”. Internats forcés, modifications du droit des mineurs, mention sur le dossier pour pénaliser les jeunes jusqu’au brevet ou même le BAC : la guerre est déclarée. Alors en quoi consistent ces mesures, quel danger font-elles encourir aux jeunes, et quand bien même on considérerait que les jeunes ont un problème avec l'autorité, sont-elles efficaces ? Éléments de réponse avec Salomé Saqué pour Blast.