Cher Jean-Noël Barrot,
Quelle semaine !
Le 9 mars, vous déclariez sur France Inter que, dans le contexte de la guerre contre l’Iran, « la France sauve l’honneur de l’Europe », c’est bien noté, quelques jours après que l’on eut appris qu’Emmanuel Macron avait autorisé des avions ravitailleurs étatsuniens à faire escale sur la base d’Istres (Bouches-du-Rhône), autrement dit un soutien logistique apporté à une armée en train de piétiner le droit international, ce qui dénote, de la part du ministre des Affaires étrangères que vous êtes, un certain sens de « l’honneur ». « Nous avons exigé de la part des États-Unis, expliquiez-vous sans rire lors du 20h de TF1 le 5 mars, qu’aucun moyen bénéficiant de cet accueil à Istres ne soit ensuite utilisé dans le cadre des opérations menées par les États-Unis en Iran, et nous en avons obtenu la garantie », soit une argumentation tellement solide que même le présentateur Gilles Bouleau, peu suspect de sympathies islamo-gauchistes, n’a pu se retenir de vous faire remarquer qu’il était fort improbable que ces avions soient ensuite repartis aux USA, une remarque de bon sens face à laquelle vous êtes toutefois resté droit dans vos bottes.
Cher Arno Klarsfeld,
Quelle semaine !
Samedi 24 janvier, vous déclariez, au cours de l’émission « Punchline week-end », diffusée sur CNews, « [que] si on veut se débarrasser des OQTF il faut organiser, comme fait Trump avec ICE, des sortes de grandes rafles un peu partout », ce qui est non seulement particulièrement dégueulasse en soi mais l’est encore un peu plus lorsque l’on revendique comme vous une identité de petit-fils de déportés et de fils de chasseurs de nazis, puissent la honte, l’indignité et le déshonneur vous poursuivre à tout jamais. Ne vous arrêtant pas en si bon chemin, vous avez poursuivi votre très sagace raisonnement en expliquant, en référence au meurtre de Renee Good, abattue d’une balle dans la tête par les agents de ICE le 7 janvier à Minneapolis, que pour réaliser ces « grandes rafles » il était nécessaire de mettre en œuvre « une stratégie politique avec l’intention même de commettre parfois des injustices », légitimant la mise au rebut de l’État de droit et les crimes commis par la milice de Donald Trump, félicitations à vous.
Cher Arnaud Rousseau,
Quelle semaine !
Mardi 22 juillet, alors que vous étiez invité sur BFM-TV, en tant que président de la FNSEA, à commenter le succès de la pétition contre la loi Duplomb, vous avez cru bon d’affirmer, en toute décontraction, que « l’élevage intensif en France n’existe pas », c’est bien noté, une information qui a dû faire plaisir aux habitants de la région Bretagne en général (1435 fermes-usines sur les 3000 que compte la France) et de la commune de Plouvorn dans le Finistère en particulier (80 000 porcs pour 2900 habitants), merci pour eux. On imagine en outre que, pour vous, une ferme à un million de poules, telle celle d’Éragny-sur-Epte dans l’Oise, représente un modèle d’élevage extensif, et que des projets comme celui du mégapoulailler de Peyrins dans la Drôme, avec un million de poulets produits par an, à raison de 21 animaux au m², devraient être soutenus comme étant des exemples d’agriculture respectueuse des animaux et de l’environnement.
Chère Agnès Verdier-Molinié,
Quelle semaine !
Le 27 mai, vous êtes intervenue successivement sur Europe 1, BFM-TV et LCI, quel talent, pour nous éclairer de vos lumières à propos, entre autres, de la grève des chauffeurs de taxi (c’est mal), de la « TVA sociale » (c’est bien) et de la dette publique (c’est grave), pour le commun des mortels une telle journée médiatique serait un marathon mais pour vous c’est ce que l’on appelle un mardi. Lorsque l’on sait que, la veille, vous étiez l’invitée de la « la Grande interview » de boursorama.com et que, le lendemain, on a pu vous entendre sur Europe 1 le matin et vous voir sur CNews le soir lors de la remarquable émission de la talentueuse Christine Kelly, on en viendrait presque à se demander où vous trouvez le temps de travailler à force de courir partout, mais ce serait oublier qu’occuper l’espace médiatique pour y ressasser vos lubies ultra-libérales constitue précisément ce qui fait pour vous office de « travail ».
Cher Jean Quatremer,
Quelle semaine !
Mardi 20 mai, vous relayiez sur votre compte X un « article » sobrement titré « Nakba : la plus grande mystification arabe du XXe siècle », autrement dit une publication qualifiant d’imposture ce qui fait pourtant, depuis plusieurs dizaines d’années, largement consensus parmi les historiens sérieux, y compris en Israël (1), à savoir que le peuple palestinien a subi en 1947-1949 un processus d’expulsion de masse aujourd’hui connu sous le nom de « Nakba » (« Catastrophe »), félicitations à vous. Il faut dire que la fiabilité et la rigueur de l’auteur de ladite publication ne font guère de doute, lui qui, la semaine dernière, expliquait « [qu’]il faut annexer chaque parcelle [de Cisjordanie] qui a été foulée par un terroriste », s’amusait d’un ordre d’évacuation de l’armée israélienne à Gaza en le commentant d’un « Courez, ça vaut mieux », et se réjouissait de livraisons militaires étatsuniennes en Israël en affirmant que « ça fait du bien de faire le plein, on va en avoir besoin », une bien belle personne en somme.
Chère Caroline Yadan,
Le 28 janvier, lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, vous avez cru bon de prendre en otage les commémorations du 80e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz pour établir un parallèle entre l’extermination des Juifs d’Europe par les nazis et les attaques meurtrières du 7 octobre 2023 en Israël, tout simplement, avant de mener une violente charge contre les députés de La France insoumise en affirmant que « la haine du Juif est [aujourd’hui] exaltée par un dangereux parti à l’extrême gauche de cet hémicycle », rien que ça, le tout — bien évidemment — sous les applaudissements nourris des députés du Rassemblement national, félicitations.