Alors que les smartphones sont devenus de véritables mouchards permettant de surveiller les populations, ils constituent également un outil puissant de contrôle citoyen de la police. Infographies recensant des centaines de blessé·es graves, cartographies signalant des milliers de violences et rapports spécialisés qui se multiplient… Reflets revient sur dix ans d’utilisation du terme « violences policières », dont l’aspect « systémique » est constamment réfuté.
Le 7 janvier à Minneapolis, Renee Nicole Good, une citoyenne américaine de 37 ans, a été tuée par un agent de la police de l’immigration (ICE). Les autorités fédérales, le président Trump en tête, ont aussitôt parlé de légitime défense, selon un scénario désormais bien rodé où la qualification des faits précède leur examen. Le maire et le gouverneur de la ville, ancien candidat démocrate à la vice-présidence des États-Unis, M. Tim Walz, ont contesté la version de la Maison Blanche, « une machine à propagande », et de la police de l’immigration. Six ans après la mort de George Floyd, les homicides commis par la police américaine se poursuivent. Ils s’inscrivent dans une architecture du maintien de l’ordre restée intacte. L’usage létal de la force continue, désormais ouvertement encouragée, ou excusée d’avance, par les plus hautes autorités de l’État. L’article de Richard Keiser analyse cette continuité. Il montre comment la police est devenue l’outil par défaut d’un système politique qui n’hésite pas à défendre l’ordre social en recourant à la violence policière.
Aux États-Unis, le maintien de l'ordre relève des autorités locales. Comment dès lors expliquer qu'une ville réputée progressiste comme Minneapolis soit le théâtre d'exactions policières racistes à répétition ? Dotés d'un lourd passif en matière de violences contre les habitants noirs, ses services de police y jouissent d'une impunité presque totale. Du moins jusqu'à la mort de George Floyd.
Les violences policières sont habituellement perçues de deux manières a priori opposée. Certains y voient des « bavures » exceptionnelles qu’il s’agirait de résorber par davantage de contrôle et de déontologie pendant que d’autres dénoncent un usage systémique de la violence et la fonction politique des forces de l’ordre dans le maintien d’un ordre du monde historiquement situé. C’est une autre approche que propose Sylvain George, en l’occurence déceler les mécanismes de pouvoir à l’oeuvre dans les « scènes » de brutalisation policière. Après Nahel Merzouk, Aly et Alexandre George, le réalisateur se penche sur le cas de Bilal, 15 ans, tabassé et humilié dans un local poubelle par un équipage de la Compagnie de Sécurisation et d’Intervention. Il s’agit d’arracher l’évènement au statut délétère du fait divers pour en restituer toute la portée rituelle, symbolique et donc politique.
Le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois, Zyed Benna et Bouna Traoré meurent après une course-poursuite avec la police.
Leur mort déclenche trois semaines de révoltes dans les quartiers populaires, parmi les plus importantes de l’histoire contemporaine française.
Face à cette colère, l’État fait un choix : Déploiement massif des forces de l’ordre, état d’urgence, dispositifs d’exception : la réponse est d’abord sécuritaire. Les quartiers deviennent un terrain d’expérimentation où s’élaborent des pratiques de maintien de l’ordre appelées à durer.
Cette séquence marque un basculement. Ce qui était présenté comme provisoire s’installe dans le temps.
Les outils, les doctrines et les récits forgés en 2005 structurent durablement la manière dont l’État gère la contestation sociale. De la loi Travail aux Gilets jaunes, jusqu’aux mobilisations contre la réforme des retraites, la répression s’intensifie et se banalise.
20 ans plus tard, les morts se sont accumulés, les lois sécuritaires se sont empilées.
La police s’est militarisée, elle a gagné en pouvoir, en armes, en influence politique.
Dans le même temps, les violences policières sont devenues un sujet central du débat public, portées par les luttes et le travail de collectifs et de familles de victimes.
Ce film retrace cette séquence longue : comment l’État a tiré les leçons de 2005, comment la répression s’est structurée, et pourquoi les violences policières et l’antiracisme sont devenus des enjeux centraux du débat politique français.
Les propos de Brigitte Macron contre des militantes féministes ne sont pas une simple polémique. Ils violent les droits et libertés fondamentaux et trahissent les engagements solennels de l'État français.
À mille lieues de la simple « inélégance », comme le minimisent ses soutiens. Lorsque Brigitte Macron, Première dame de France, qualifie des militantes féministes de « sales connes » et menace de les « foutre dehors » pour défendre un homme accusé de viol (bien que bénéficiant d'un non-lieu), elle ne commet pas seulement une faute personnelle : elle engage l'autorité symbolique de l'État et contredit frontalement les engagements présidentiels.
Contre un État qui ne résoudra jamais la crise climatique, et sa violence que la force ne saurait aujourd’hui renverser, que reste-il aux écologistes ? L’anarchisme, historique et présent, plein d’idées pour un autre futur.
Le mythe selon lequel l’État serait au service de l’intérêt général se craquelle de toutes parts. À force de voir l’État s’entêter à défendre des projets aussi désastreux économiquement et écologiquement que l’autoroute A69, à force de voir sa police déchaîner sa violence contre les opposants aux projets privés écocidaires de mégabassines, de plus en plus de militants écologistes se désillusionnent.
Aux citoyens qui apprennent brutalement à « faire le deuil de l’État », répond une série d’essais et d’ouvrages qui, ces derniers mois, ont contribué à dépoussiérer cette hypothèse : et s’il était possible de faire advenir une société de justice sociale et écologique sans passer par la conquête de l’État ? Et même contre lui ?
Après les révélations des caméras-piétons des gendarmes à Sainte-Soline, celles-ci portent sur leurs auditions devant l’IGGN. Les titres de Mediapart et Libération résument de manière limpide la situation : la hiérarchie affirme n’avoir rien vu, rien entendu, les hauts-gradés n’ont pas vu le problème. Aucun d’eux n’aurait constaté ou entendu parler de « tirs non conformes », et sur la cinquantaine de gendarmes auditionnés par l’IGGN, aucun n’a signalé le moindre propos problématique entendu dans les rangs. Ils ne seront bien entendu jamais confrontés aux images de leurs propres caméras-piétons.
« Elle ne le sait pas encore. Ou peut-être ne veut-elle pas l’admettre. Pas à pas, la France est sortie de la démocratie. À pas mesurés, tout d’abord, de mesures anti-migratoires en lois anti-terroristes et en mesures de contrôle numérique, sous prétexte de pandémie ou de grands événements sportifs. Depuis trois ou sept ans, selon la borne-étape que l’on choisit, elle en est sortie à grands pas, et maintenant en courant. »
La brutalité des vidéos de violences policières à Sainte-Soline nous a sidérés, mais pas surpris. Abolir cette police viriliste, qui meurtrit militants, habitants des quartiers populaires, Gilets jaunes... est une nécessité écologique, défend notre éditorial.
En pleine guerre d’indépendance, des milliers d’Algériens manifestent dans les rues de Paris pour s’opposer au couvre-feu qui leur est imposé. Ces rassemblements pacifiques sont violemment réprimés par la police française, plus de 100 manifestants sont tués, certains corps jetés dans la Seine. Le Bondy Blog a recueilli le témoignage de quatre acteurs qui contribuent à la mémoire de ce tragique événement, que l'exécutif français peine encore à qualifier de crime d'État.
"Pourquoi les gens qui sont pas blancs ont peur des contrôles de police au point de risquer leur vie pour y échapper ? Eh bah figure toi qu’on eu un élément de réponse suite au décès de Marvin à Lausanne, quand on a appris l’existence d’un groupe WhatsApp où les flics de la zone s’envoyaient des trucs bien racistes, homophobes, antisémites, validistes...". Nouvel épisode de Ghetto Blaster, par H-Tône.
Réprimer c'est faire des choix politiques et c’est aussi une méthode de gouvernement. De la protection de la "chose publique" à la lutte antiterroriste, en passant par la gestion carcérale de la délinquance ordinaire, on retrace ce soir les transmutations de la répression d'État avec la chercheuse Vanessa Codaccioni qui vient de publier "Comment les États répriment" aux éditions Divergences
BRAV-M, un acronyme qui est quasiment entré dans le langage commun depuis la création en 2019 de cette brigade de répression de l'action violente motorisée. La BRAV-M, devenue synonyme d’emploi disproportionné de la force et de violences policières contre les manifestations hostiles à Emmanuel Macron. D’abord dans la répression des gilets jaunes qui ont précisément poussé le préfet de police Didier Lallement à créer cette unité, puis dans la répression des manifestants contre la réforme des retraites.
Spécialiste de l’activisme climatique, le politologue Oscar Berglund documente dans une étude inédite la répression à laquelle font face les mouvements écologistes. Un phénomène mondial qui touche aussi l’Hexagone.