C’est une information passée inaperçue dans les grands médias français. Le 26 juin dernier, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a publié son deuxième index mondial. Cet index vise à évaluer le risque de torture dans plusieurs dizaines de pays, sur une échelle contenant cinq niveaux : risque faible, risque modéré, risque considérable, risque élevé et risque très élevé. L’OMCT, qui rassemble plus de 200 ONG du monde entier spécialisées dans les sujets liés à la torture, et qui constitue un interlocuteur privilégié de l’ONU dans le domaine, classe désormais la France parmi les pays à « risque considérable ». C’est le seul pays de l’Union Européenne à atteindre ce niveau de risque.
Les jeunes mobilisés ont « toujours été un laboratoire des violences policières », analyse Pierre Douillard-Lefèvre, qui a lui-même perdu un œil à cause d’un tir de LBD à 16 ans. Selon le chercheur, une « politique néofasciste » est désormais appliquée face à la jeunesse.
Plus de 200 adolescents blessés, dont plusieurs grièvement, des milliers d’arrestations... Depuis le 29 septembre, la répression s’accentue contre les lycéens qui se mobilisent partout en France. Ils dénoncent leurs conditions d’études et, plus largement, la situation sociale et écologique dont ils héritent.
À 16 ans, en novembre 2007, Pierre Douillard-Lefèvre a lui-même perdu l’usage d’un œil à cause d’un tir de LBD, lors d’une manifestation lycéenne à Nantes. Depuis, ce sociologue et chercheur en sciences sociales travaille sur la militarisation du maintien de la sécurité et les violences policières. Il analyse pour Reporterre ce qu’il considère comme une nouvelle étape de la répression : son intensification et son extension à l’ensemble de la jeunesse.
Une attaque terroriste avec l’intention délibérée de tuer des enfants. Voilà comment devrait être qualifiée l’opération menée par la police française à Dunkerque, le 7 octobre.
Ce jour-là, dans la commune du Nord, des centaines de lycéen·nes manifestent comme ailleurs en France pour leurs conditions d’études. Sur une artère du centre-ville, un 4X4 d’allure militaire, couleur sable et floqué «Police Nationale», fait face à une foule d’adolescent·es. Des agents se trouvent à côté du véhicule. On entend distinctement un gradé lancer : «Allez, approchez, on va leur mettre dans la gueule !» Immédiatement, le puissant véhicule accélère vers les lycéen·nes, percutant une barricade et traversant la foule, suivi par un cordon de forces de l’ordre qui chargent. Il s’agit manifestement d’une consigne assumée par toute une unité de police : propulser un véhicule lourd à pleine vitesse, à la manière d’une voiture bélier, contre des mineurs en préambule d’une charge.
D’autres vidéos prises du côté des manifestant·es montrent le même 4X4 essayer d’écraser des jeunes, faire des zigzag et des manœuvres dangereuses, accélérer au milieu de la foule paniquée. L’intention de tuer est évidente.
Voitures de police ou voitures-bélier ? Plusieurs vidéos montrent des usages dangereux de véhicules contre les lycéens. En moins d'une semaine, StreetPress a recensé neuf cas.
« Allez, approchez, on va leur mettre dans la gueule », lance une voix masculine. Quelques secondes plus tard, le 5 octobre à Dunkerque (59), un 4×4 de la police nationale fonce sur un groupe de jeunes manifestants. Lancé à près de 30 km/h, le Toyota Land Cruiser de plus de deux tonnes fracasse contre son pare-choc les poubelles qui formaient un début de barricade, et continue sa route à la poursuite des manifestants dans une rue perpendiculaire.
Un « fait exceptionnel », si on en croit les déclarations du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez devant la représentation nationale. Loin d’être isolé, l’événement semble surtout s’inscrire dans un usage débridé de la force, sans « aucune consigne de retenue », selon les mots mêmes du ministre, par des forces de l’ordre dont les images de violences inondent les réseaux depuis le début des mobilisations fin septembre. StreetPress a recensé neuf cas en l’espace de cinq jours d’usages dangereux ou problématiques de véhicules de police engagés sur le mouvement lycéen.
Le 6 octobre à Nantes, une manifestation massive a réuni la jeunesse de la métropole dans le cœur du centre-ville. Des dizaines de milliers de lycéens et étudiants ont tenu la rue et débordé le dispositif policier pendant de longues heures, sous d’épais nuages lacrymogènes. Une vidéo publiée sur le compte Instagram Sortir à Nantes montre un adolescent de 15 ans, du lycée Jean Perrin, avec une pancarte antifasciste à la main. Il se fait interpeller au niveau du square Daviais et va recevoir une décharge électrique en plein visage par un agent de la Brigade anti-criminalté.
Comment les médias dominants auraient-ils qualifié les images de la répression policière violente contre des lycéens si elles avaient émané de Russie ou de Chine ? Probablement comme ce qu’elles sont : la brutalité aveugle d’un régime autoritaire aux abois.
Les violences policières sont loin d’être une nouveauté en France, les quartiers populaires comme les mouvements écologistes en savent quelque chose. Mais le déchaînement actuellement à l’œuvre contre les lycéens est un moment de bascule.
La barbarie des « forces de l’ordre » contre la jeunesse du pays, déployée avec les encouragements du ministre de l’Intérieur, révèle dans toute sa monstruosité la vision du monde de ceux qui nous gouvernent : après eux, le déluge. Tout faire, quoi qu’il en coûte, pour ne pas dévier de leur politique néolibérale qui enrichit les plus riches sous le prétexte fallacieux de réduire la dette. Ne pas céder une once de terrain. Quitte à écraser ses propres enfants.
La prise de parole — si tardive — du Premier ministre mercredi 7 octobre se cantonne à quelques promesses floues et à la mise en place d’une plateforme de consultation pour les lycéens : technique éculée en macronie pour essouffler un mouvement. On se souvient des cahiers de doléances sans lendemain des Gilets jaunes.
L’homme apostrophé par le député européen Anthony Smith (LFI) lors des manifestations lycéennes, vendredi 2 octobre, à Reims (Marne) était bien un policier, confirme le procureur ce dimanche. Selon le magistrat, il intervenait dans le cadre du maintien de l’ordre, alors que des violences avaient éclaté entre manifestants et policiers.
En d’autres temps, on aurait parlé de rafles policières massives sur des mineurs. En d’autres lieux, par exemple si cela se passait en Iran ou en Russie, nous parlerions d’un régime tyrannique qui martyrise une jeunesse héroïque. En seulement trois jours, l’État français a arrêté 635 lycéens et lycéennes.
La proposition de loi introduisant une présomption d'usage légitime des armes par les forces de l'ordre doit arriver bientôt au Sénat. Un arsenal inédit en Europe, d'après des spécialistes.
Adoptée en juillet par les députés, la proposition de loi dite « permis de tuer » par ses opposants introduit une présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre. Elle doit arriver au Sénat.
« Il n’existe pas d’exonération de responsabilité pour les forces de l’ordre dans les pays de l’Union européenne, ni au Royaume-Uni ou en Suisse », indique Sebastian Roché, politologue, spécialiste des questions de police et de sécurité.
Si elle est adoptée, cette proposition de loi inverserait aussi la charge de la preuve, qui reviendrait au ministère public ou aux victimes, un renversement inédit en Europe également.
Des familles de victimes de la police insultées par des députés en plein hémicycle pour avoir réclamé la justice.
On décrit souvent les classes populaires comme étant «violentes» et «mal éduquées», alors que la vraie sauvagerie se trouve bien souvent au sein de la bourgeoisie, dans les salons feutrés, de la part de gens calmes et polis, habillés en costumes hors de prix.
Il s'appelle Hamza, il a 14 ans, et il asperge des passants avec un pistolet à eau au canal Saint-Martin. Il s'appelait Nahel, il avait 17 ans, et il a été abattu à bout portant par un policier lors d'un contrôle routier à Nanterre.
En apparence, ces deux affaires n'ont rien en commun. L 'une relève de la bêtise adolescente et de l'incivilité estivale ; l'autre est une tragédie nationale et un drame absolu. Pourtant, un fil invisible relie ces deux histoires. Ce fil a un nom en sociologie : l'adultification. C'est le processus par lequel notre société, ses médias et ses institutions refusent obstinément le statut d'enfant aux jeunes Arabes et Noirs. Et c'est précisément là que tout commence : on commence par nier l'innocence d'un gamin de 14 ans sur les plateaux télé, et l'on finit par justifier la balle tirée dans le thorax d'un adolescent de 17 ans.
Dans notre édition de la semaine dernière, nous publiions une longue analyse de Sylvain George qui revenait sur la requalification par la justice des faits imputés au policier responsable de la mort du jeune Nahel Merzouk (Voir : Nahel Merzouk, acte II : La « deuxième mort » ou la souveraineté judiciaire). Comme souvent, l’article a aussi été publié sur le réseau social Facebook où il a été vu (ce qui est différent de lu) plus de 240 000 fois au moment où nous écrivons ces lignes. Ce “post” a suscité plus de 1400 commentaires : insultes, menaces, appels au meurtre, joie (mauvaise) devant la mort d’un enfant. Beaucoup d’entre eux étaient adressés à l’auteur personnellement, mais l’essentiel de ce qu’il faut bien nommer des messages de haine, visaient un adolescent de dix-sept ans, mort depuis un an, ainsi que sa mère (pour les curieux, c’est ici). Si nous savons ce que les commentaires sur les réseaux sociaux font chroniquement à l’intelligence humaine, Sylvain George tente ici de comprendre ce que cette vague particulière dit de notre époque.
Dans « Soulèvements », le réalisateur Thomas Lacoste donne la parole, face caméra, à seize membres des Soulèvements de la Terre. On y découvre la diversité, l’inventivité du mouvement... et la répression dont il fait l’objet.
Elles et ils ont été qualifiés d’« écoterroristes », surveillés par la DGSI et menacés de dissolution par le gouvernement. Les Soulèvements de la Terre incarnent l’un des exemples les plus marquants de criminalisation des luttes écologiques de ces dernières années. Dans son documentaire Soulèvements en salles mercredi 11 février, Thomas Lacoste fait voler en éclats cette campagne de disqualification, relayée par une partie des médias.
Le réalisateur donne la parole, face caméra, à seize membres du mouvement. Les militants racontent ce qui est systématiquement invisibilisé : une organisation collective, ancrée dans les territoires, qui expérimente d’autres manières de vivre, de lutter et de faire monde pour défendre les communs face à l’artificialisation des sols et l’accaparement des terres et de l’eau. Ce contre-récit puissant invite les détracteurs du mouvement à aller voir par eux-mêmes et surtout, donne envie de lutter.
Parce que les liens entre police et extrême-droite sont structurels et personnels : histoire d'une impunité organisée.
Depuis la mort du nazillon Quentin Deranque, dont il a été démontré que la mort a été causée par le guet-apens tendu par son groupe de néo-nazis armés qui a blessé des antifascistes, aucun des nervis d’extrême-droite n’a été interpellé. Depuis nous avons également rappelé sur notre média de nombreuses histoires récentes révélant de manière flagrante comment l’extrême-droite agresse et tue en toute impunité depuis des années.
La question que l’on doit se poser, c’est quelles sont les raisons de cette impunité ? Pourquoi, à Lyon, on recense 102 agressions fascistes depuis 2010, dont 70% sont restées impunies ? Comment, à Nantes et dans de nombreuses villes, nous constatons la multiplications d’attaques d’extrême droite, parfois sous les yeux de la police, sans réaction ?
Au-delà de la justification (bien réelle) de l’adhésion du corps policier aux idées d’extrême-droite, il y a une raison très simple : il existe des liens directs entre les groupes d’extrême-droite et les services de police.
Mars 2023 : c’était il y a presque trois ans, cela aurait dû être un scandale d’État qui aurait provoqué un débat national sur la violence d’extrême droite et son impunité. Mais il n’en a rien été. La quasi-totalité de la population française n’a probablement jamais entendu parler de cet attentat : des néo-nazis qui ont tenté de bruler vif, dans son sommeil, le maire d’une commune de Loire-Atlantique. Et l’absence totale de réaction de l’État qui a poussé cet élu, terrifié, à démissionner.
Le prisonnier Kanak de 31 ans est décédé en Bourgogne, à 17.000 kilomètres de ses proches faute de «suivi médical».
Frédéric Grochain, militant indépendantiste Kanak, avait été emprisonné après les soulèvements populaires de juin 2024 en Kanaky. Comme 80 autres personnes, il avait été déporté dans une prison en métropole, loin des siens. Il n’avait pas vu sa famille depuis 2 ans. Dans un dernier élan d’irrespect à sa mémoire, l’État français n’a même pas daigné en informer ses proches, qui ont appris sa mort par hasard le 9 février, soit 3 jours après son décès.
L'Amérique et la France sont les deux républiques emblématiques du monde occidental. Face au fascisme qui dévore la première, la seconde est-elle mieux armée? Rien n'est moins sûr.
Les meurtres d'Alex Pretti et Nicole Good ont en quelque sorte officialisé l'avènement du fascisme aux États-Unis car leurs victimes sont indémonisables. JD Vance avait tenté de faire fonds sur le fait que Nicole Good, blanche et mère de famille, était cependant lesbienne et indiquait ses pronoms sur les réseaux sociaux, symptômes d'un "lavage de cerveau"; comme pour lever toute équivoque, ICE a tué Alex Pretti, un infirmier, gendre idéal, alors qu'il volait au secours d'une femme. De ces meurtres sans aucune zone d'ombre émerge la figure des hommes aux pleins pouvoirs, jouissant selon les mots de JD Vance d'une "immunité absolue" au seul titre de leur loyauté envers le Maître.