Que la contradiction principale de notre temps soit la contradiction entre l’impérialisme et l’anti-impérialisme, qu’elle s’exprime aujourd’hui même, avec une violence inouïe, à travers l’agression criminelle contre le Liban, qu’elle ait explosé durant 40 jours avec l’attaque féroce contre la République islamique d’Iran, est une évidence qui saute aux yeux. Mais comme toutes les contradictions, elle déploie ses effets sous des formes inattendues, et son exaspération dans la lutte réserve parfois bien des surprises.
Dans le présent rapport, la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 examine le recours systématique à la torture par Israël à l’encontre des Palestiniens des territoires palestiniens occupés depuis le 7 octobre 2023, y compris les pratiques en milieu carcéral et hors milieu carcéral qui répondent aux critères constitutifs du génocide au sens de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Elle documente la manière dont la torture est devenue partie intégrante de la domination et des punitions infligées aux hommes, aux femmes et aux enfants, tant par le biais d’abus en détention que par une campagne implacable de déplacements forcés, de massacres, de privations et de destruction de tous les moyens de subsistance, visant à infliger une douleur et des souffrances collectives à long terme. Un régime de terreur psychologique continu et omniprésent sur le territoire est imposé, conçu pour briser les corps, priver un peuple de sa dignité et le chasser de ses terres. Il ne s’agit pas de violence fortuite. C’est l’architecture du colonialisme de peuplement, bâtie sur des fondations de déshumanisation et maintenue par une politique de cruauté et de torture collective.
Par rapport aux chaines françaises, où l'omerta et le mensonge règnent pour défendre Israël et ses crimes, cette séquence décoiffe.
Il est toujours intéressant de regarder les médias étrangers pour se rendre compte de l’état de pourrissement extrême de notre propre paysage médiatique. Par rapport aux chaines de télévision françaises, où l’omerta et le mensonge règnent pour défendre Israël et ses crimes génocidaires, cette séquence décoiffe.
La scène a été diffusée en direct sur la chaine suisse RTS le 16 février, lors des compétitions de bobsleigh aux JO d’hiver de Milan-Cortina. Alors qu’un athlète israélien apparaît à l’écran, le commentateur sportif Stefan Renna commence : «Edelman, première participation aux Jeux olympiques, qui s’autodéfinit sioniste jusqu’à la moelle, je le cite. Qui a posté plusieurs messages sur les réseaux sociaux en faveur du génocide à Gaza. On rappelle que génocide, c’est le terme employé par la commission d’enquête de l’ONU sur la région…»
Le commentateur déroule ainsi plusieurs arguments factuels, tout au long du passage de l’épreuve, notamment le deux poids deux mesures qui interdit aux athlètes russes de concourir et qui a empêché un athlète ukrainien d’arborer un message, mais qui autorise les israéliens, même quand ils ont combattu dans l’armée et donc directement commis des crimes contre l’humanité.
La meute sioniste a évidemment lancé une campagne de harcèlement et d’attaques contre Stefan Renna. En France, elle aurait obtenu sa tête en quelques heures. En Suisse, la RTS pour l’instant refuse de commenter, espérons que ça dure. Pendant ce temps, France Info a réalisé un reportage de propagande honteux sur l’équipe de bobsleigh israélien, évoquant la Torah et leurs entraînements.
L’extrait de la RTS fait déjà un buzz monumental sur les réseaux sociaux du monde entier, qui saluent ce bref éclair de vérité au moment où l’on s’y attend peu, c’est-à-dire lors d’une compétition sportive. Le sport marchand a tout dépolitisé, mais comme le rappelle le commentateur suisse, le sport est «évidemment politique».
Depuis que l'armée israélienne a officialisé le nombre de 70 000 morts Palestiniens, reprenant donc les chiffres du Hamas ; depuis qu'Israël a annexé et colonisé les zones A et B de la Cisjordanie en violation totale du Droit international : que s'est-il passé dans l'actualité politique et médiatique française pour détourner l'attention de l'opinion de ces deux informations ?
La période la plus violente de l’agression israélienne en Cisjordanie depuis la deuxième Intifada a été largement négligée, en partie à cause de l’ampleur et de l’horreur du génocide israélien à Gaza, mais ses conséquences pourraient s’avérer tout aussi dévastatrices.
Israël a transformé ses prisons en un réseau de camps de torture pour les Palestiniens. Les prisonniers y subissent de graves violences, des humiliations délibérées, la famine, la privation de sommeil, le déni de soins médicaux et des mauvais traitements dans tous les établissements où ils sont détenus. Certains ont également été victimes d’agressions sexuelles graves. Depuis octobre 2023, au moins 84 Palestiniens sont morts dans ces camps de torture.
Voici plus de deux ans que la vie publique israélienne est enveloppée dans un épais brouillard qui désoriente. Des crises, des conflits et de l’anxiété se sont abattus sans fin dans le pays et à l’étranger : le choc de l’attaque du Hamas le 7 octobre et de la campagne génocidaire vengeresse d’Israël à Gaza, le combat pour ramener les otages et contre les calomnies de l’État sur leurs familles, la confrontation irresponsable avec l’Iran. L’ensemble de ces faits a placé la société israélienne dans un état de stupeur collective, qui a occulté la profondeur de l’abîme dans lequel nous nous enfonçons.
Le sociologue franco-palestinien Sari Hanafi a été sollicité par Le Monde pour écrire une tribune sur « l’après-Gaza ». Après deux semaines de silence, il a finalement essuyé un refus. En cause : « Les termes utilisés ne conviennent pas à notre publication. Parler par exemple de "résistance armée" en référence aux actions du Hamas ne correspond pas à notre manière d’aborder les choses. Cela laisse penser que nos perspectives respectives sont trop éloignées pour être réconciliées. »
À l’heure où un colloque consacré à la Palestine est censuré au Collège de France suite à des pressions gouvernementales, Orient XXI publie ici la réponse de Sari Hanafi au Monde ainsi que la tribune refusée.
Dans cet épisode exceptionnel de L’Œil de Moumou, Aymeric Caron revient sur ce qu’il décrit comme « l’un des plus grands scandales moraux et médiatiques de notre époque » : le traitement de la guerre à Gaza. L’ancien journaliste, devenu député, parle sans détour du rôle des médias français, de leur silence et de leurs compromissions.
« On a laissé faire un génocide, affirme-t-il d’une voix calme mais ferme. Et les médias français, au lieu de dénoncer, ont préféré détourner le regard. Ce silence-là, c’est une trahison. »
Caron, qui fut longtemps chroniqueur dans des émissions à forte audience, ne cache pas son désarroi face à ce qu’il appelle « la dérive du journalisme spectacle ». Il cite nommément certaines chaînes : « CNews viole la loi chaque jour, en diffusant des discours de haine ou de désinformation. Et pourtant, l’Arcom ne fait rien. On laisse prospérer une parole qui déshumanise. »
Pour l’auteur de Antispéciste, la question dépasse Gaza : elle touche à la responsabilité morale de ceux qui informent. « Être journaliste, ce n’est pas faire de la com’ pour le pouvoir ou l’armée, c’est mettre la lumière sur ce qu’on veut cacher. »
Interrogé par Mourad Guichard sur la réaction du monde politique, Caron se montre tout aussi sévère : « Quand le président de la République parle d’un “droit d’Israël à se défendre”, sans jamais prononcer le mot Palestinien, il envoie un message terrible. Ce discours a justifié l’injustifiable. »
Mais derrière la colère, transparaît une forme de désillusion. « Je ne me remettrai jamais de Gaza », confie-t-il. « Ce que j’ai vu, ce que j’ai lu, ce silence assourdissant… Tout cela m’a profondément bouleversé. »
Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement politique, mais humain. « Les images de Gaza, on aurait dû les montrer en boucle, parce qu’elles nous obligent à regarder en face notre propre responsabilité. À force d’ignorer la souffrance des autres, on finit par perdre notre humanité. »
Dans cette discussion intense, Moumou lui demande s’il garde espoir. Caron hésite, puis répond : « Tant qu’il y aura des gens qui refusent le mensonge, qui cherchent la vérité, oui, il reste de l’espoir. Mais il faudra du courage. Parce qu’aujourd’hui, dire la vérité, c’est devenu un acte de résistance. »
Alors que personne, ou presque, ne conteste plus la qualification de «génocide» pour ce qui se passe à Gaza, que les dirigeants israéliens sont poursuivis pour «crimes contre l’humanité» et viennent d’attaquer une flottille humanitaire qui tentait de briser le blocus illégal de Gaza, alors que des millions de personnes manifestent en Europe et dans le monde pour la Palestine, les médias français poursuivent leur propagande. Pire, à la veille du 7 octobre, ils redoublent d’ignominie et de mensonge.
L’actrice Charlotte Gainsbourg, qui doit incarner, dans un « biopic » en cours de tournage dont la sortie en salle est prévue pour 2026, l’avocate et infatigable militante progressiste Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet 2020, a cosigné, le 19 septembre dernier, avec une petite vingtaine d’autres personnalités, une tribune collective appelant Emmanuel Macron à conditionner la reconnaissance d’un État palestinien « à la libération des otages » israéliens retenus à Gaza « et au démantèlement du Hamas ». Ulcéré par ce déni, l’un des fils de l’avocate, Serge Halimi, nous a fait parvenir ce texte rappelant que cette dernière a, tout au long de sa vie, exprimé « sa solidarité constante » avec Gaza - où, constatait-elle, « un peuple aux mains nues est en train de se faire massacrer ». Il estime qu’elle « aurait lu cette tribune avec dégoût ».
"Depuis 1948, les Palestiniens se sont construits en miroir d’Israël et ont voulu se réapproprier notre histoire. Ils ont envie d’être nous. Même notre Shoah, ils nous l’envient. Ils veulent absolument un génocide. Mais pourquoi ? Parce qu'ils pensent que le monde nous a donné Israël après la shoah, donc après un vrai génocide. Donc ils se disent on va émouvoir le monde en disant que nous aussi on est victime d'un génocide et on va nous donner des territoires"
Yvan Attal.
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