L’enlèvement de Maduro par Trump révèle la timidité européenne : une faillite morale qui désarme le continent face à un monde de force brute. C’est une erreur historique. En refusant de condamner la méthode, les Européens normalisent un monde où la puissance remplace le droit, et où leur propre sécurité dépendra non plus d’institutions, mais de l’humeur des puissants.
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La tragédie européenne tient à cette dichotomie : un discours moral magnifique, mais une conduite d’allié apeuré. À force de confondre loyauté et soumission, prudence et renoncement, l’Union risque de découvrir que la “timidité n’achète pas la sécurité”, mais seulement le mépris — celui des alliés puissants et celui des adversaires patients.
On ne peut pas comprendre l’enlèvement de Nicolas Maduro si l’on ignore les masses financières colossales associées à un changement de régime à Caracas.
Il ne s’agit pas de minorer les aspects idéologiques ou géopolitiques de l’intervention américaine – réaffirmer la doctrine Monroe, asseoir des sphères d’influence impériales.
Mais c’est bien le pétrole qui constitue le mobile essentiel de ce coup de force : l’accaparement et l’extraction des plus importantes réserves d’or noir du monde, longtemps exploitées avec une profitabilité inouïe par les multinationales américaines et leurs actionnaires.
Ironie du destin : le Nobel de la Paix échappe à Donald Trump pour couronner María Corina Machado, figure d’une opposition façonnée par Washington. Une récompense qui en dit plus sur la diplomatie du spectacle que sur la paix. Le Venezuela devient la scène d’une farce géopolitique où les héros sont choisis à l’avance.
On savait du Président Trump qu'il dirigeait une révolution réactionnaire, maintenant on sait que cette révolution est ultraréactionnaire. Il en a parlé à l'ONU, hier 23 septembre, sans ambages, exactement comme dans ses meetings, comme s'il s'adressait aux Etats-uniens.
Lundi dernier, Trump a menacé Zohran Mamdani d'expulsion et de dénaturalisation. Cette offensive contre celui qui vient de remporter haut la main la primaire démocrate de New York vise plus largement à intimider celles et ceux qui défendent la Palestine et s'opposent aux expulsions menées par ICE.
Des manifestations massives réprimées, des pratiques anticonstitutionnelles de la police de l'immigration, une attaque des libertés… En seulement quelques mois d’un deuxième mandat redouté aux États-Unis, Donald Trump et son administration ont mis le feu aux poudres et multiplient les actions préoccupantes sur le plan démocratique. Pour en parler, nous recevons Nick Stern, photographe indépendant, Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire de l’Amérique du Nord de la Fondation Jean-Jaurès et Keith Armstrong, avocat pour l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU).
La police de Los Angeles a déclaré avoir procédé à plus de 300 arrestations de manifestants au cours des deux derniers jours. Selon The Guardian du 11 juin, ces arrestations seraient une sorte de contrefeu déclaré par le gouverneur démocrate Gavin Newsom pour faire échec à l’administration Trump qui a mobilisé l’armée et la Garde nationale «pour accompagner les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) lors de leurs raids dans toute la ville de Los Angeles». Ce qui qualifie, à sa façon, l’orientation politique du démocrate Gavin Newsom face à l’offensive suprémaciste blanche de Donald Trump et Stephen Miller.
Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots. C’est une guerre sur la langue, sur le vocabulaire, sur les mots, sur la nomination et la dénomination possible. Sur ce qu’il est ou non possible de nommer. Une guerre avec ses frappes. Une guerre particulière car lorsque ce sont des mots qui sautent, c’est toute l’humanité qui est victime collatérale directe et immédiate.
Au lendemain de son accession au pouvoir et dans la longue liste des décrets de turpitude de cet homme décrépit, Trump donc annonçait vouloir changer le nom d’un golfe, d’une montagne et d’une base militaire.
Le golfe c’est celui du Mexique que Trump a voulu (et obtenu) renommer en golfe d’Amérique. L’enjeu c’est d’ôter symboliquement cette dénomination à la population mexicaine qu’il assimile totalement à un danger migratoire. Il y est parvenu.
Depuis la seconde investiture de Donald Trump, de nombreux observateurs et commentateurs politiques n’hésitent pas à présenter le président américain comme une sorte de fou erratique, capricieux et un peu timbré. Ses déclarations et ses mesures politiques, n’obéiraient à aucune logique, si ce n’est à la brutalité coutumière d’un entrepreneur de l’immobilier pas très malin qui se serait retrouvé par mégarde aux commandes de la première puissance mondiale. Le texte qui suit défend l’hypothèse inverse, une hypothèse que l’auteur lui-même qualifie de « complotiste » mais qu’il étaye avec brio. La démonstration est convaincante : en se plongeant dans les relations et influences « intellectuelles » de Trump et de ses proches, on découvre l’importance de la pensée de Curtis Yarvin et ses théories néo-fascistes qui visent à remodeler la société américaine et le monde en suspendant tous les contre-pouvoirs constitutionnels. On s’aperçoit alors que derrière la confusion et le masque de l’absurdité, il pourrait y avoir un plan et une stratégie. Ce coup néo-réactionnaire qui se présente ouvertement comme une « contre-révolution », Daniel Grave l’interprète comme un retour de bâton après 15 ans de mouvements sociaux et de rue, d’Occupy Wall Street au soulèvement George Floyd en passant par MeToo, la menace fasciste comme boss de fin de niveau. De là, il s’agit d’être à la hauteur de ce que cela signifie, d’identifier ses points faibles et de l’affronter. C’est un texte important.
Dans la vision coloniale du monde – et, à sa manière bizarre, la vision de Donald Trump ne pourrait pas être plus coloniale – les colonisateurs européens blancs étaient des phares en difficulté de la civilisation, de la rationalité et du progrès, car confrontés à de dangereuses hordes barbares par-delà (et même, parfois, à l’intérieur) de leurs propres frontières. La violence coloniale était alors une forme indispensable d’autodéfense pour apprivoiser les explosions irrationnelles de brutalité chez les colonisé·e·s. Pour comprendre la dévotion bipartite des Etats-Unis [démocrates et républicains] envers Israël, y compris la glorification de la violence israélienne et la diabolisation des Palestiniens, ainsi que les récentes attaques de l’administration Trump contre l’Afrique du Sud noire, les étudiants activistes et les immigrants, il est essentiel de saisir cette vision du monde.
Le président de États-Unis signe des décrets à tout-va, dit tout haut ce qu’il pense sans le moindre filtre. Et on rit, et on tremble de peur. Liste non-exhaustive…
L’historienne Joan W. Scott est professeure émérite à l’Institute for Advanced Study de Princeton, New Jersey. Mondialement célèbre pour avoir introduit l’idée d’une perspective de genre en histoire, autrice de travaux importants sur les usages politiques de la laïcité en France, elle est également une spécialiste reconnue de la question des libertés académiques, un dossier qu’elle suit depuis plusieurs décennies. Elle est notamment membre du “Comité A” de l’Association of American University Professors (AAUP), dédié à la question de la titularisation (“tenure”) et des libertés académiques.
Trump a décrété que le golfe du Mexique serait désormais nommé « golfe de l’Amérique ». Une décision solitaire qui signe « un changement de paradigme ostensible et très inquiétant » pour l’historienne Nepthys Zwer.
Dès le jour de son investiture comme président des États-Unis, le 20 janvier, Donald Trump a signé un décret visant à renommer le golfe du Mexique en « golfe de l’Amérique ». Le mont Denali, plus haut sommet étasunien nommé ainsi par la population autochtone des Athabaskans, en Alaska, a été dans le même décret rebaptisé en « mont McKinley », nom qu’il avait déjà porté de 1896 à 2015, en hommage au 25ᵉ président des États-Unis.
Pour Reporterre, l’historienne Nepthys Zwer explique le sens de tels symboles géographiques, et l’importance du pouvoir de dessiner les cartes dans l’histoire coloniale et anti-écologique de l’Occident. Elle est notamment l’autrice de Pour un spatio-féminisme. De l’espace à la carte (La Découverte, 2024) et co-autrice de Cartographie radicale (La Découverte, 2022).
Suite à l'élection de Donald Trump, Elon Musk a pris les rênes de son fameux service de « l’efficacité gouvernementale » nommé DOGE. Le milliardaire utilise ce statut pour mettre la main sur les systèmes informatiques de différentes agences, comme celui des ressources humaines des employés fédéraux américains. Le nouveau gouvernement a continué la purge des sites internet des agences gouvernementales. Des données sur le VIH sont supprimées et une agence de santé a demandé à des chercheurs de rétracter certains articles scientifiques.