Le ministère de la Justice exige la dépublication de notre enquête mise en ligne en 2021 sur la complicité de la France dans des crimes commis par la dictature égyptienne. La chambre de l’instruction doit se prononcer le 8 juillet sur une éventuelle réouverture de l’enquête judiciaire qui avait reconnu l’intérêt public de nos révélations et mis hors de cause la journaliste Ariane Lavrilleux, à nouveau menacée par l’État.
Les propriétaires parisiens ont fermé leurs volets, les papas ont rentré leur vélo cargo, écourté leur promenade familiale, les mamans ont poussé leurs enfants vers le hall. Paris se barricadait, le PSG venait de gagner. De loin, on pouvait déjà entendre le grondement des motos et des scooters. L'invasion barbare.
On dit qu’ils vont venir sans casques sur les motos, paraît que la dernière fois ils sont même venus sur des toits de camionnettes, on dit qu’ils vont crier torses nus par la fenêtre des voitures. On dit qu’ils mangent la viande à mains nues, directement sur l’animal encore vivant.
Ce sont les pauvres qui sont venus faire peur aux riches.
Voilà ce que les éditorialistes ont failli dire. Ou ont presque dit. C’est l'imaginaire qu'on retrouvait samedi soir et dimanche matin sur les plateaux télé et dans certains communiqués de personnalités politiques. Personne ne l'a dit comme ça bien sûr. On a dit « débordements », on a dit « bandes », on a dit « mode opératoire ». Mais le film, au fond c'était celui-là.
Le 25 mars 2023 à Sainte-Soline, l'État français voulait tuer. C'est ce que confirme l'enquête de Médiapart et Libération.
C’est une tentative d’homicide délibérée, lâche, incontestable, documentée. Un blindé de la gendarmerie, depuis le canon de tourelle, a envoyé en tir tendu et avec une force colossale une grenade sur une foule dense de manifestant·es. Serge a reçu la munition en pleine tête, faisant instantanément sauter son casque et fracturant son crâne. Cela aurait pu être n’importe qui d’autre dans ce cortège écologiste. Le 25 mars 2023 à Sainte-Soline, l’État français voulait tuer.
C’est ce que confirme l’enquête minutieuse de Médiapart et Libération, qui vient d’être mise en ligne ce mardi 26 mai. Les journalistes ont réalisé ce que la justice et la gendarmerie ont choisi de ne pas faire : un vrai travail d’investigation. Ils ont utilisé les images de 51 caméras de gendarmes déployées à Sainte-Soline, d’une centaine de caméras piétons, d’une tourelle de surveillance et de reporters présents dans la manifestation. Ils ont analysé 150 heures de vidéos et un fichier «crucial» que le parquet et les enquêteurs n’ont pas cherché à utiliser, alors même qu’ils en connaissaient l’existence. Et tous ces éléments permettent d’identifier sans aucun doute possible quand, où et par qui a été fait ce tir criminel : depuis l’habitacle protégé d’un blindé militaire.
Précisons une nouvelle fois que tous les fichiers utilisés par les journalistes ont été versés dans la procédure depuis 2023. Et pourtant, en décembre 2025, le parquet de Rennes a classé «sans suite» l’enquête portant sur quatre blessé·es graves de cette manifestation. Médiapart et Libération ont donc synchronisé les séquences et ont mené un travail exceptionnel : recoupement vidéo et audio, utilisation des coordonnées GPS de chaque gendarme qui filmait, modélisation 3D des lieux, identification méthodique de chaque tir dans la période entourant la blessure… Conclusion : seul un tir en provenance du véhicule blindé de gendarmerie peut avoir frappé Serge à la tête.
(...)
Le 25 mars 2023, nous écrivions en quittant la manifestation : «Le gouvernement Macron est prêt à tuer pour un trou en terre battue recouvert de plastique, creusé au milieu d’un champ». Dans les vidéos révélées en 2025, on entend effectivement les gendarmes s’exclamer : «T’en crèves deux-trois, ça calme les autres», «Je compte plus les mecs qu’on a éborgné !», «Un vrai kiff !», «Mets leur une GM2L dans la gueule», «fils de pute», «pue-la-pisse », «faut les tuer», ou encore, en criant de joie : «Il l’a mis en pleine tête». Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, continue d’assurer qu’à Sainte-Soline, «il y a eu une riposte qui a été très majoritairement proportionnée». Une intention assumée d’assassiner et des tirs depuis un blindés militaire, voilà une riposte «proportionnée» pour nos dirigeants.
La Guerre d’Algérie s’est concrètement déroulée pendant sept ans et demi, entre 1954 et 1962. C’est, avec celle d’Indochine, la plus violente des guerres de décolonisation française du siècle. Et c’est sans le moindre doute celle dont les répercussions sont les plus fortes à notre époque. En Algérie, on parle de « Révolution algérienne », de « Guerre de libération nationale » ou de « Guerre d’indépendance algérienne ». En France, le terme de « Guerre d’Algérie » n’a été officiellement adopté par le Parlement qu’en 1999, sous la présidence de Jacques Chirac. Pendant longtemps, le terme employé en France était : « les événements d’Algérie ». Étrange euphémisme. Sept ans d’événements, ça donne matière à réflexion.
Nouvel épisode de L'Empire n'a jamais pris fin, par Pacôme Thiellement.
À Reims et partout en France, la police est devenue religion d’État, critiquer la répression est le nouveau blasphème.
En France, la police tire à balle réelle lors de contrôles routiers, mutile avec des armes de guerre, envoie des grenades sur des écologistes en hurlant «Je compte plus les mecs qu’on a éborgné», multiplie les actes racistes. Tout cela est filmé, documenté, prouvé. Et dans l’écrasante majorité des cas, ces violences ne sont même pas poursuivies. Les rares fois où elles le sont, la justice ne les condamne pas, ou très légèrement. À l’inverse, si vous avez le tort de dénoncer la police, l’État mettra tous les moyens pour vous retrouver et vous réprimer.
Dans cet entretien entre Rima Hassan et Seumboy, la députée européenne se livre sur l'instrumentalisation juridique et médiatique de son activisme pro-palestinien. Des polémiques sur ses tweets aux réalités de ses interrogatoires, elle dénonce une répression politique qui menace la liberté d’expression et interroge la complicité des institutions européennes.
Dans « Soulèvements », le réalisateur Thomas Lacoste donne la parole, face caméra, à seize membres des Soulèvements de la Terre. On y découvre la diversité, l’inventivité du mouvement... et la répression dont il fait l’objet.
Elles et ils ont été qualifiés d’« écoterroristes », surveillés par la DGSI et menacés de dissolution par le gouvernement. Les Soulèvements de la Terre incarnent l’un des exemples les plus marquants de criminalisation des luttes écologiques de ces dernières années. Dans son documentaire Soulèvements en salles mercredi 11 février, Thomas Lacoste fait voler en éclats cette campagne de disqualification, relayée par une partie des médias.
Le réalisateur donne la parole, face caméra, à seize membres du mouvement. Les militants racontent ce qui est systématiquement invisibilisé : une organisation collective, ancrée dans les territoires, qui expérimente d’autres manières de vivre, de lutter et de faire monde pour défendre les communs face à l’artificialisation des sols et l’accaparement des terres et de l’eau. Ce contre-récit puissant invite les détracteurs du mouvement à aller voir par eux-mêmes et surtout, donne envie de lutter.
Huit militants de Palestine Action ont mené la plus longue grève de la faim au Royaume-Uni depuis 1981 pour dénoncer leurs conditions de détention et la complicité britannique à Gaza. Alors que certains frôlaient la mort, la couverture médiatique est restée tardive, tandis que le gouvernement a refusé tout dialogue, dans un climat de répression inédit.
La prestigieuse organisation de police fait l’objet d’un vaste détournement de sa mission de lutte contre la criminalité au profit d’États parmi les plus répressifs au monde, révèlent Disclose et la BBC. Persécutions, traques secrètes, arrestations arbitraires… Révélations sur un système qui permet à des régimes autoritaires comme la Russie, la Turquie ou le Tadjikistan d’utiliser Interpol pour persécuter leurs opposants politiques.
Le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois, Zyed Benna et Bouna Traoré meurent après une course-poursuite avec la police.
Leur mort déclenche trois semaines de révoltes dans les quartiers populaires, parmi les plus importantes de l’histoire contemporaine française.
Face à cette colère, l’État fait un choix : Déploiement massif des forces de l’ordre, état d’urgence, dispositifs d’exception : la réponse est d’abord sécuritaire. Les quartiers deviennent un terrain d’expérimentation où s’élaborent des pratiques de maintien de l’ordre appelées à durer.
Cette séquence marque un basculement. Ce qui était présenté comme provisoire s’installe dans le temps.
Les outils, les doctrines et les récits forgés en 2005 structurent durablement la manière dont l’État gère la contestation sociale. De la loi Travail aux Gilets jaunes, jusqu’aux mobilisations contre la réforme des retraites, la répression s’intensifie et se banalise.
20 ans plus tard, les morts se sont accumulés, les lois sécuritaires se sont empilées.
La police s’est militarisée, elle a gagné en pouvoir, en armes, en influence politique.
Dans le même temps, les violences policières sont devenues un sujet central du débat public, portées par les luttes et le travail de collectifs et de familles de victimes.
Ce film retrace cette séquence longue : comment l’État a tiré les leçons de 2005, comment la répression s’est structurée, et pourquoi les violences policières et l’antiracisme sont devenus des enjeux centraux du débat politique français.
Dans la nuit du 6 au 7 décembre 1986 à Paris, en pleine répression du mouvement étudiants/lycéens, Malik Oussekine, 22 ans, était matraqué à mort dans le hall d’un immeuble parisien où il s’était refugié, par deux policiers « voltigeurs » motocyclistes. Dans cette même nuit, un autre jeune de 19 ans, Abdel Benyahia a été tué par un policier non en service à Pantin.
La cellule Déméter a été créée suite à une convention entre la FNSEA et la gendarmerie. Elle vise à surveiller les associations écologistes pour officiellement lutter contre « l’agribashing ». 120 associations dénoncent une atteinte grave aux libertés fondamentales d'expression et de réunion. Elles soutiennent la demande déposée par L214 auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour obtenir sa dissolution.
On aurait préféré que ce soit un poisson d’avril : dans une décision rendue ce 1er avril 2025, le Conseil d’État a validé le principe de la censure arbitraire et opaque d’un réseau social. Derrière l’apparente annulation de la décision du Premier ministre de l’époque, Gabriel Attal, de bloquer Tiktok, la plus haute juridiction française offre en réalité le mode d’emploi de la « bonne censure ». Cette décision est inquiétante, tant cette affaire aura montré l’inefficacité du Conseil d’État à être un rempart efficace contre le fascisme montant.
Le Maccarthysme est un épisode politique qui a eu lieu aux USA dans les années 1950. En pleine guerre froide, c’est un moment de paranoïa collective et de répression totalitaire visant toutes les personnes supposément proches du communisme. Il s’agit d’un véritable moment d’inquisition, qui a visé des milliers de personnes – y compris des intellectuels et responsables politiques – ayant des idées pacifistes, féministes, réclamant plus de justice sociale, ou tout simplement apparentées à la gauche.
Dans la France de 2025, un nouveau Maccarthysme s’abat contre toute expression anticolonialiste et anti-racistes. Rien que ces derniers jours, un journaliste a été mis à pied, une eurodéputée insoumise menacée, une manifestation féministe interdite et une assemblée étudiante censurée. Tour d’horizon.
Spécialiste de l’activisme climatique, le politologue Oscar Berglund documente dans une étude inédite la répression à laquelle font face les mouvements écologistes. Un phénomène mondial qui touche aussi l’Hexagone.