Dans notre édition de la semaine dernière, nous publiions une longue analyse de Sylvain George qui revenait sur la requalification par la justice des faits imputés au policier responsable de la mort du jeune Nahel Merzouk (Voir : Nahel Merzouk, acte II : La « deuxième mort » ou la souveraineté judiciaire). Comme souvent, l’article a aussi été publié sur le réseau social Facebook où il a été vu (ce qui est différent de lu) plus de 240 000 fois au moment où nous écrivons ces lignes. Ce “post” a suscité plus de 1400 commentaires : insultes, menaces, appels au meurtre, joie (mauvaise) devant la mort d’un enfant. Beaucoup d’entre eux étaient adressés à l’auteur personnellement, mais l’essentiel de ce qu’il faut bien nommer des messages de haine, visaient un adolescent de dix-sept ans, mort depuis un an, ainsi que sa mère (pour les curieux, c’est ici). Si nous savons ce que les commentaires sur les réseaux sociaux font chroniquement à l’intelligence humaine, Sylvain George tente ici de comprendre ce que cette vague particulière dit de notre époque.
Le temps du récit.: le 27 juin 2023, à 8h16, Nahel Merzouk, âgé de 17 ans, était tué d’une balle dans la poitrine par un tir à bout portant d’un policier motocycliste à Nanterre. Les images, immédiatement diffusées, montraient un adolescent tentant de redémarrer sa voiture, et non une menace justifiant un recours à la mort. Le premier temps de cette affaire fut celui de la rue, des émeutes, des marches blanches, des cris d’une mère, Mounia, répétant dans les cortèges : « Il était mon souffle, ma vie. »
Le deuxième temps fut celui de l’administration : en mars 2025, Florian Menesplier, pourtant mis en examen pour homicide volontaire, était réintégré dans la police et muté au Pays basque par une procédure dérogatoire « dans l’intérêt du service. »
Ce geste administratif, analysé dans un précédent texte comme le symptôme d’un régime d’impunité structurée, montrait déjà comment l’appareil d’État pouvait, par la voie discrète de la bureaucratie, effacer un crime.
L'Amérique et la France sont les deux républiques emblématiques du monde occidental. Face au fascisme qui dévore la première, la seconde est-elle mieux armée? Rien n'est moins sûr.
Les meurtres d'Alex Pretti et Nicole Good ont en quelque sorte officialisé l'avènement du fascisme aux États-Unis car leurs victimes sont indémonisables. JD Vance avait tenté de faire fonds sur le fait que Nicole Good, blanche et mère de famille, était cependant lesbienne et indiquait ses pronoms sur les réseaux sociaux, symptômes d'un "lavage de cerveau"; comme pour lever toute équivoque, ICE a tué Alex Pretti, un infirmier, gendre idéal, alors qu'il volait au secours d'une femme. De ces meurtres sans aucune zone d'ombre émerge la figure des hommes aux pleins pouvoirs, jouissant selon les mots de JD Vance d'une "immunité absolue" au seul titre de leur loyauté envers le Maître.
Alors que les smartphones sont devenus de véritables mouchards permettant de surveiller les populations, ils constituent également un outil puissant de contrôle citoyen de la police. Infographies recensant des centaines de blessé·es graves, cartographies signalant des milliers de violences et rapports spécialisés qui se multiplient… Reflets revient sur dix ans d’utilisation du terme « violences policières », dont l’aspect « systémique » est constamment réfuté.
Le 7 janvier à Minneapolis, Renee Nicole Good, une citoyenne américaine de 37 ans, a été tuée par un agent de la police de l’immigration (ICE). Les autorités fédérales, le président Trump en tête, ont aussitôt parlé de légitime défense, selon un scénario désormais bien rodé où la qualification des faits précède leur examen. Le maire et le gouverneur de la ville, ancien candidat démocrate à la vice-présidence des États-Unis, M. Tim Walz, ont contesté la version de la Maison Blanche, « une machine à propagande », et de la police de l’immigration. Six ans après la mort de George Floyd, les homicides commis par la police américaine se poursuivent. Ils s’inscrivent dans une architecture du maintien de l’ordre restée intacte. L’usage létal de la force continue, désormais ouvertement encouragée, ou excusée d’avance, par les plus hautes autorités de l’État. L’article de Richard Keiser analyse cette continuité. Il montre comment la police est devenue l’outil par défaut d’un système politique qui n’hésite pas à défendre l’ordre social en recourant à la violence policière.
Aux États-Unis, le maintien de l'ordre relève des autorités locales. Comment dès lors expliquer qu'une ville réputée progressiste comme Minneapolis soit le théâtre d'exactions policières racistes à répétition ? Dotés d'un lourd passif en matière de violences contre les habitants noirs, ses services de police y jouissent d'une impunité presque totale. Du moins jusqu'à la mort de George Floyd.
Les violences policières sont habituellement perçues de deux manières a priori opposée. Certains y voient des « bavures » exceptionnelles qu’il s’agirait de résorber par davantage de contrôle et de déontologie pendant que d’autres dénoncent un usage systémique de la violence et la fonction politique des forces de l’ordre dans le maintien d’un ordre du monde historiquement situé. C’est une autre approche que propose Sylvain George, en l’occurence déceler les mécanismes de pouvoir à l’oeuvre dans les « scènes » de brutalisation policière. Après Nahel Merzouk, Aly et Alexandre George, le réalisateur se penche sur le cas de Bilal, 15 ans, tabassé et humilié dans un local poubelle par un équipage de la Compagnie de Sécurisation et d’Intervention. Il s’agit d’arracher l’évènement au statut délétère du fait divers pour en restituer toute la portée rituelle, symbolique et donc politique.
Le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois, Zyed Benna et Bouna Traoré meurent après une course-poursuite avec la police.
Leur mort déclenche trois semaines de révoltes dans les quartiers populaires, parmi les plus importantes de l’histoire contemporaine française.
Face à cette colère, l’État fait un choix : Déploiement massif des forces de l’ordre, état d’urgence, dispositifs d’exception : la réponse est d’abord sécuritaire. Les quartiers deviennent un terrain d’expérimentation où s’élaborent des pratiques de maintien de l’ordre appelées à durer.
Cette séquence marque un basculement. Ce qui était présenté comme provisoire s’installe dans le temps.
Les outils, les doctrines et les récits forgés en 2005 structurent durablement la manière dont l’État gère la contestation sociale. De la loi Travail aux Gilets jaunes, jusqu’aux mobilisations contre la réforme des retraites, la répression s’intensifie et se banalise.
20 ans plus tard, les morts se sont accumulés, les lois sécuritaires se sont empilées.
La police s’est militarisée, elle a gagné en pouvoir, en armes, en influence politique.
Dans le même temps, les violences policières sont devenues un sujet central du débat public, portées par les luttes et le travail de collectifs et de familles de victimes.
Ce film retrace cette séquence longue : comment l’État a tiré les leçons de 2005, comment la répression s’est structurée, et pourquoi les violences policières et l’antiracisme sont devenus des enjeux centraux du débat politique français.
Après les révélations des caméras-piétons des gendarmes à Sainte-Soline, celles-ci portent sur leurs auditions devant l’IGGN. Les titres de Mediapart et Libération résument de manière limpide la situation : la hiérarchie affirme n’avoir rien vu, rien entendu, les hauts-gradés n’ont pas vu le problème. Aucun d’eux n’aurait constaté ou entendu parler de « tirs non conformes », et sur la cinquantaine de gendarmes auditionnés par l’IGGN, aucun n’a signalé le moindre propos problématique entendu dans les rangs. Ils ne seront bien entendu jamais confrontés aux images de leurs propres caméras-piétons.
« Elle ne le sait pas encore. Ou peut-être ne veut-elle pas l’admettre. Pas à pas, la France est sortie de la démocratie. À pas mesurés, tout d’abord, de mesures anti-migratoires en lois anti-terroristes et en mesures de contrôle numérique, sous prétexte de pandémie ou de grands événements sportifs. Depuis trois ou sept ans, selon la borne-étape que l’on choisit, elle en est sortie à grands pas, et maintenant en courant. »
La brutalité des vidéos de violences policières à Sainte-Soline nous a sidérés, mais pas surpris. Abolir cette police viriliste, qui meurtrit militants, habitants des quartiers populaires, Gilets jaunes... est une nécessité écologique, défend notre éditorial.
En pleine guerre d’indépendance, des milliers d’Algériens manifestent dans les rues de Paris pour s’opposer au couvre-feu qui leur est imposé. Ces rassemblements pacifiques sont violemment réprimés par la police française, plus de 100 manifestants sont tués, certains corps jetés dans la Seine. Le Bondy Blog a recueilli le témoignage de quatre acteurs qui contribuent à la mémoire de ce tragique événement, que l'exécutif français peine encore à qualifier de crime d'État.
"Pourquoi les gens qui sont pas blancs ont peur des contrôles de police au point de risquer leur vie pour y échapper ? Eh bah figure toi qu’on eu un élément de réponse suite au décès de Marvin à Lausanne, quand on a appris l’existence d’un groupe WhatsApp où les flics de la zone s’envoyaient des trucs bien racistes, homophobes, antisémites, validistes...". Nouvel épisode de Ghetto Blaster, par H-Tône.
Fouilles à nu, mains sur les parties génitales, pénétrations avec une matraque… Disclose a enquêté sur un angle mort des violences policières : les violences sexuelles commises lors de contrôles d’identité et de palpations de sécurité. Au moins 45 personnes ont été victimes de ces pratiques illégales depuis 2012. Dans la plupart des cas, la justice ne reconnaît pas le caractère sexuel de ces violences, qui visent surtout des personnes racisées.
La police tue :
Entre 1977 et 2022, 861 morts suite à l’action des forces de l’ordre, dont 27 lors d'opérations anti-terroristes, et 80 du fait d'un agent en dehors de son service
Les forces de police et de gendarmerie ont pour mission d’assurer la sécurité des personnes, des biens et des institutions. À ce titre, elles disposent du pouvoir de recourir à la force et d’utiliser leurs armes à feu, dans des circonstances précises. Ce pouvoir, conféré par l’État, occasionne des morts. Qui sont-ils, pourquoi et comment sont-ils tués ? Dans quelles conditions l’action des forces de l’ordre se révèle-t-elle fatale ?